Les trolleys de Charles Van De Poele

Les trolleys de Charles Van De Poele

Les trolleys de Charles Van De Poele

À l’heure où bien des grandes villes, étranglées par le trafic automobile songent à réintégrer le tramway électrique, il est bon de rappeler que le premier tram à trolley fut exploité outre-Atlantique sur base de l’invention du Belge Charles Van de Poele.

Chez les Van de Poele, on a toujours été bricoleur. Pierre Van de Poele exerçait la profession de menuisier lorsque naquit à Lichtervelde, le 27 avril 1846, le petit Charles. Il travaillait, à l’époque, pour la société de la Flandre occidentale en train de développer la ligne Roulers-Poperinge. C’est ce qui poussa la famille Van de Poele à déménager vers la capitale du houblon où Charles a la grande chance, étant issu d’une famille modeste, de fréquenter le très select collège Saint-Stanislas. Notre homme y développe un intérêt tout particulier pour les traités d’électricité. On raconte que, dès l’âge de 15 ans, il avait déjà mis au point des batteries et des électro-aimants. Mais son père a d’autres ambitions pour lui. Profitant d’un nouveau déménagement dans le Nord de la France, où il s’est remarié et a ouvert un nouvel atelier de menuiserie, il envoie Charles en apprentissage chez un sculpteur sur bois. Il veut en faire son successeur.

Charles Van de Poele est une forte tête. S’il apprend bel et bien la technique de la sculpture sur bois aux ateliers Buisine-Rigot à Lille, il profite d’une petite liberté pour suivre les cours d’électricité au lycée impérial de la localité. Et lorsqu’il retourne, formation faite, dans la menuiserie familiale, sa décision est prise : il veut quitter le pays et tenter l’aventure américaine. Il arrive aux États-Unis dans le courant de l’année 1869. Il y rejoint la colonie belge de Détroit. Il y épouse une jolie Hollandaise, répondant au nom d’Ada Mina Van Hoogstraeten, qui lui donnera sept enfants. Il y rencontre aussi un autre Belge, Joseph Artz avec lequel, dans un premier temps, il développe, dans une ancienne église méthodiste, un atelier de sculpture de meubles d’église. Sept ans durant, il va ainsi fabriquer des centaines d’autels et de chaires de vérité. Mais ce sont les applications électriques qui continuent à le hanter. Secrètement, il a imaginé un nouveau type de dynamo. Il a aussi fait la connaissance de Thomas Edison. Sur base d’un de ses brevets, il imagine un système de régulation vibratoire pour la lampe à arc du précité et illumine ainsi le fronton de l’opéra de Détroit. Sa technique fait sensation. Le Tout Detroit veut être éclairé de la sorte. Les commandes affluent de partout. Charles Van de Poele remet sa menuiserie à des proches et entame une nouvelle vie, celle d’électricien.

Charles Van De Poele

Avec sa famille, il s’installe à Chicago où il crée en 1882, avec le soutien financier de Aaron Stiles, la Van Depoele Electric Light Company of Chicago. Il y développe un nouveau système de courant contenu, un moteur déphasé considéré comme le premier de ce type. Mais il s’intéresse aussi aux nouvelles applications de la traction électrique. Il a suivi, par presse interposée, la création, en 1879, du premier chemin de fer électrique par Werner Siemens. Il en est aigri car, dès 1874, il avait imaginé le même processus mais n’avait pu le mettre en œuvre, faute d’outillage adéquat. Aussi ne veut-il plus perdre de temps. Il imagine, pour l’exposition de Chicago de 1883, la mise en circulation de railways urbains alimentés par courant souterrain. Très vite, il se rend compte que le gel peut rendre difficiles les manœuvres de ses tramways. Il va donc réfléchir à une alimentation aérienne et inventer de la sorte le trolley, un dispositif fixé sur le toit de la motrice se terminant par une roulette en cuivre qui court contre la face inférieure du fil conducteur aérien auquel elle est fortement appuyée grâce à un puissant ressort. Le courant, explique François Stockmans, était amené ainsi au moteur qui se trouvait sur la plate-forme avant de la voiture, lui-même en connexion avec les axes au moyen de chaînes.

C’est à l’exposition de Toronto, en 1885, que son invention fut présentée, obtenant tout de suite un succès public sans précédent. Ses tramways-trolleys y transportèrent quotidiennement jusqu’à 6 à 10.000 passagers. Les commandes affluent à nouveau. Minneapolis est la première des grandes villes américaines à vouloir remplacer son tramway à vapeur aux émanations insupportables par l’invention de Van de Poele. New York en veut également. Pour répondre aux commandes, une augmentation de capital est néanmoins nécessaire. Mais le principal bailleur de fonds de la Van Depoele Electric Manufacturing Company, Aaron Stiles, âgé et malade, ne croit pas au développement du produit. L’entreprise est ainsi cédée à la Thompson-Houston Electric Company de Lynn. Van de Poele devient un simple salarié de cette dernière, touchant néanmoins 10 % sur ses brevets. On en a comptabilisé 444, dont 249 à son nom propre.

Charles Van de Poele ne put en profiter. Victime d’un refroidissement, il devait décéder, le 18 mars 1892, dans sa maison de Lynn. Il avait à peine 46 ans.