La « Loi de Nysten »

La « Loi de Nysten »

La « Loi de Nysten »

Nombre de médecins légistes, criminologues et autres policiers connaissent la « Loi de Nysten ». Elle décrit les différentes étapes de la rigidité cadavérique. Peu savent qu’elle a plus de deux cents ans d’âge et qu’elle porte le nom d’un physiologiste belge.

Pierre-Hubert Nysten est né à Liège le 30 octobre 1771 au sein d’une famille modeste. C’est un oncle, chanoine à Liège, qui lui permit néanmoins de faire de brillantes études de médecine, de physique et de chimie aux universités de Liège, Strasbourg et Paris. Mais c’est en Espagne qu’il mène sa première expérience professionnelle. Il est chargé d’étudier les effets de la fièvre jaune. Un an plus tard, il publie sa première thèse au titre kilométrique : Nouvelles expériences galvaniques faites sur les organes musculaires de l’homme et des animaux à sang rouge, dans lesquelles, en classant les divers organes sous le rapport de la durée de leur irritabilité galvanique, on prouve que le cœur est celui qui conserve le plus longtemps cette propriété. Tout un programme !

Considéré comme un spécialiste des épidémies, on retrouve ensuite sa trace dans la Drôme française où sévit la muscardine, qui y détruit les vers à soie, puis dans l’Yonne où régnait une épidémie encore inconnue et qu’il réussit à combattre au travers de saignées.

De retour à Paris, aux côtés du célèbre professeur Xavier Bichat, il mena aussi des expériences pionnières dans les domaines électro-médical et de la cardiologie. S’intéressant à tous les aspects de son art, il est chargé avec Joseph Capuron, en 1810, de rédiger le Nouveau dictionnaire de médecine, de chirurgie, de physique, de chimie et d’histoire naturelle, un ouvrage de référence qui sera, à plusieurs reprises, réédité et enrichi par ses soins.

Mais il doit la longévité de sa notoriété à ses expériences sur l’effet de l’introduction de divers gaz dans les voies circulatoires et, surtout, à d’inédites recherches sur la rigidité cadavérique après divers genres de mort. Il a, en effet, découvert et décrit que la rigidité cadavérique affecte l’ensemble des muscles de l’organisme. Elle débute à la nuque, puis suit une marche descendante vers les membres inférieurs, du plus petit aux plus grands muscles. Cette rigidité débute entre 30 minutes et 2 heures après le décès ; atteint son intensité maximale entre 6 et 10 heures ; se maintient ensuite entre 12 et 42 heures et disparaît progressivement, en deux ou trois jours, dès qu’apparaît la putréfaction. C’est ce que l’on a appelé et que l’on appelle encore la « Loi de Nysten ».

Ses travaux sont remarqués par les plus grands médecins de l’époque. Dans le «Journal de médecine », le célèbre docteur Savary écrit : « Ses expériences portent l’empreinte d’une exactitude sévère et d’une rare sagacité ; les discussions qu’il permet de temps en temps sont fort intéressantes et décèlent un esprit juste et un judicieux observateur. »

Nommé, sous l’insistance de Monsieur, frère du Roi, médecin de l’Hospice des enfants malades, Pierre- Hubert Nysten, qui jusque-là vivait modestement, n’eut pas l’occasion de poursuivre ses expériences. Il mourut prématurément, le 3 mars 1818, à l’âge de 46 ans, ne sachant probablement pas que son nom allait passer à la postérité. Dans le domaine médico-légal, bien sûr. Mais aussi au travers d’une rue liégeoise.