La jeunesse de Léopold II

La jeunesse de Léopold II

Léopold II, fils aîné de Léopold Ier et de Louise-Marie d’Orléans, a épousé Marie-Henriette de Habsbourg, grande-duchesse d’Autriche et princesse de Hongrie. De ce mariage sont nés trois filles et un garçon : Louise, Stéphanie, Clémentine et Léopold. Farouche partisan de la neutralité armée, il fait de son pays une puissance économique dotée d’un important empire colonial. L’État indépendant du Congo est sa propriété personnelle à partir de 1885. Il le lègue à la Belgique en 1908, après une campagne internationale de dénigrement menée par les Britanniques contre le traitement brutal des populations locales par les coloniaux.


Exigences précoces

À deux ans déjà, le prince Léopold refuse tout surnom, même celui de « Bijou » donné affectueusement à son frère Philippe. Il exige qu’on l’appelle Prince, ou Léopold. Quand, à trois ans, Léopold Ier fait preuve d’un humour discutable en l’interpellant « Bonjour, mademoiselle », l’enfant répond gravement : « Prince est un garçon et non une fille ». Toute sa vie, il parlera ainsi de lui à la troisième personne du singulier.


Enfant difficile

Les relations entre Léopold Ier et le futur Léopold II sont conflictuelles, sans doute parce que, dans son enfance, le prince a subi un père autoritaire, qu’il finit par contredire systématiquement, et qu’il s’est senti rejeté par ses parents. Son mariage sans amour n’a pu qu’aigrir son tempérament déjà difficile. Père et fils en arrivèrent à communiquer uniquement avec des billets transmis par l’intermédiaire du vicomte anglais Conway, grand maréchal de la Cour. Léopold II tient de son père son caractère solitaire et taciturne.

Un couple raté d’avance

Le prince Léopold épouse en 1853, à l’âge de 18 ans, l’archiduchesse Marie-Henriette de Habsbourg, une blonde de 17 ans. Son père a négocié cette union pour tisser des liens avec l’empire austro-hongrois. Quand il emmène son fils à Vienne pour célébrer l’événement, les jeunes promis s’échangent un regard de haine dès leur première rencontre, ce qui augure un mariage raté d’avance. Léopold trouve sa fiancée « un peu grosse et pas très jolie, sans pour autant être laide ». Mais il est bien le seul à en dresser un portrait aussi peu flatteur. Le comte O’Sullivan, notamment, l’estime « très bien faite, ses traits agréables, […] son teint d’une remarquable fraîcheur ; sa chevelure d’un blond cendré est fort belle… » Autant elle est gaie et ardente, presque garçon manqué, autant il est introverti, sombre et timide. « C’est le mariage d’un palefrenier et d’une religieuse, étant entendu que le duc de Brabant est la religieuse », écrit la princesse Mélanie Metternich. Si le palefrenier est Marie-Henriette, c’est qu’elle a la passion des chevaux et monte habilement à cheval. Que leurs goûts respectifs soient aussi diamétralement opposés n’arrange rien. Pendant leur voyage de noces, ils ne se parlent déjà pratiquement plus. Marie-Henriette fond en larmes devant un public médusé quand son époux lui interdit la promenade en gondole qu’on leur avait préparée. Elle écrit à une amie : « Si Dieu entend mes prières, je ne vivrai plus très longtemps. »

Comme autrefois pour Louis XVI et Marie-Antoinette, il faut leur prodiguer des conseils pour favoriser des contacts sexuels et avoir un enfant. Lors d’un voyage à Londres, leur cousine, la reine Victoria, se charge à ce sujet de Marie-Henriette et son mari, le prince Albert, de Léopold. Lorsque, en 1859, son épouse attend son premier fils (Léopold, comte de Hainaut, puis duc de Brabant), le roi écrit à Albert : « …tous les conseils avisés et pratiques que vous m’avez donnés […] ont maintenant porté leur fruit. » Néanmoins, leur mariage restera une catastrophe. En 1869, la mort cruelle de leur fils unique, leur seul lien, scelle la séparation de fait.