La Moissonneuse des Trévires

La Moissonneuse des Trévires

La Moissonneuse des Trévires

La Belgique, quelle qu’elle se soit appelée à travers les siècles, a toujours été une terre d’agriculture. Il n’est donc pas étonnant que l’on retrouve, en Gaume, la plus ancienne trace d’un engin agricole, la Moissonneuse des Trévires.

On a coutume d’attribuer à Cyrus Mc Cormick l’invention, en 1834, de la moissonneuse. C’est nier l’existence, près de deux millénaires avant lui, d’une véritable moissonneuse utilisée, non loin de Virton, par le peuple trévire, dont le territoire s’étendait du sud de la Vesdre aux vallées de la Meuse et de la Basse-Moselle. Les preuves ne manquent pas.

Habitué de nos contrées, Pline l’Ancien avait déjà constaté, au premier siècle après Jésus-Christ, l’existence de cet engin. Dans « Histoire naturelle » il écrit : « Dans les grands domaines des Gaules, on pousse à travers les champs de blé de grandes moissonneuses à bord garni de dents, montées sur deux roues, et auxquelles une bête de somme est attelée à l’envers ; les épis ainsi arrachés tombent dans la moissonneuse. »

Trois siècles plus tard, Palladius fait, dans son célèbre traité d’agriculture, une description encore plus complète : « La partie des Gaules qui est assez en plaine recourt pour moissonner à la méthode expéditive que voici et qui, tout en épargnant la main-d’œuvre, dépouille l’étendue de toute une moisson en faisant travailler un seul bœuf. Ainsi donc, on construit un véhicule monté sur deux petites roues. La surface carrée de celui-ci est encadrée de planches dont l’inclinaison vers l’extérieur donne plus de largeur à la partie supérieure. Sur le devant de ce chariot, la hauteur des planches est moindre. À cet endroit, des dents nombreuses et espacées sont disposées en ligne à la hauteur des épis et elles sont recourbées à leur extrémité supérieure. À l’arrière de ce même véhicule sont adaptées deux flèches très courtes, semblables aux brancards d’une litière. On y attelle à un joug et avec des courroies un bœuf dont la tête est tournée vers le véhicule : il faut assurément un animal paisible pour qu’il ne dépasse pas l’allure du compulsor (ndlr l’ouvrier agricole). Quand le bœuf s’est mis à pousser le véhicule à travers les moissons, tous les épis, saisis par les dents, s’entassent dans le chariot, la paille étant arrachée et laissée en arrière, tandis que le bouvier qui suit l’attelage règle fréquemment l’élévation ou l’abaissement de la machine. Ainsi, moyennant un petit nombre d’allées et venues, en l’espace de quelques heures, toute la moisson est achevée. Cette méthode est utile pour les endroits en plaine ou unis, et pour ceux où l’on ne tient pas la paille pour nécessaire. »

 

Mais il faudra attendre 1958 pour que l’on obtienne la preuve irréfutable de l’existence lointaine de la moissonneuse dans nos contrées. Et rien que dans celles-ci !

Lors de fouilles archéologiques menées dans le village de Montauban-sous-Buzenol, le professeur Joseph Mertens (1921-2007) est, en effet, tombé sur un bloc sculpté, montrant l’engin dans son entièreté. La nouvelle de la découverte de la « moissonneuse trévire », aujourd’hui fierté du Musée Gaumais a fait le tour du monde. Même les revues américaines les plus populaires, comme le « Time » ou « Life » lui consacrèrent de pleines pages.

Grâce à cette découverte, mais aussi à celles de fragments presque similaires dans la région d’Arlon ainsi qu’à Trêves, des archéologues ont tenté de reconstituer la moissonneuse. Une première expérience a eu lieu, le 7 août 1960, dans les campagnes de Rouvroy. Avec succès. Quatorze et vingt-cinq ans plus tard, d’autres essais, tout aussi concluants furent menés en Angleterre et en Australie. En l’an 2000, enfin, l’Université Libre de Bruxelles a organisé une démonstration sur le site de la villa romaine de la Malagne, dans l’entité de Rochefort. Une reconstitution de la « moissonneuse trévire » y est encore visible.