La sérénade au clair de lune: une invention belge ?

La sérénade au clair de lune: une invention belge ?

C’est en Belgique, et plus précisément à Bruxelles, que serait né l’art de la sérénade amoureuse, qui est en quelque sorte l’ancêtre du slow crapuleux. Mais à distance respectueuse, papa et maman veillant évidemment au grain et à la dignité de leur fille. L’usage aurait pris naissance parmi les nobles attachés à la cour de l’Infante Isabelle, qui régna sur les Pays-Bas catholiques de 1598 à 1621, conjointement avec son mari et cousin l’archiduc Albert.
Ces gentilshommes avaient, semble-t-il, pour habitude de faire « donner du violon » sous les fenêtres des belles qu’ils courtisaient galamment. De Bruxelles, cette mode aurait ensuite gagné la province ainsi que d’autres pays.

Légende ? Allez savoir.

Quoi qu’il en soit, les sérénades seront longtemps d’usage dans diverses localités de Belgique, notamment à la veille de la plantation du Mai. Elles font alors partie du répertoire de séduction de tout prétendant qui se respecte.
À Namur, la coutume était semble-t-il particulièrement vivace. Le jeune amoureux convoquait d’abord deux ou trois de ses amis dans une taverne de la ville pour y boire quelques bières. Le moment venu, c’est-à-dire vers onze heures du soir, arrivaient les musiciens avec leurs violons. Le petit groupe se dirigeait ensuite vers la maison de la belle où débutait le petit concert nocturne. Le voisinage était le premier à profiter de cette aubaine musicale. Chacun se précipitait à sa fenêtre et certains voisins allaient même jusqu’à applaudir les passages musicaux les plus réussis !

Chez la bien-aimée, volets et portes restaient par contre obstinément clos. Les convenances l’obligeaient en effet à ne pas se montrer ni elle ni ses parents d’ailleurs.
Mais il ne lui était pas interdit de jeter un coup d’œil à son prétendant par les interstices des volets. Il arrivait aussi
que le soupirant ne soit pas le seul à venir roucouler sous ses fenêtres. Les confrontations amoureuses dégénéraient alors en rixes et des épées étaient parfois tirées. À la fin du XVIIe siècle, ce genre de combats de coqs étaient devenus si fréquents qu’un arrêté avait été publié par le Magistrat de Namur pour tenter d’y mettre un terme.

 

 

Source: "L'Histoire amoureuse des Belges", Didier Dillen, 2016.

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