Henri Grandjean, oculiste de la cour de France

Henri Grandjean, oculiste de la cour de France

Henri Grandjean, oculiste de la cour de France

Henri Grandjean, un chirurgien-oculiste liégeois côtoya de très près, avec son frère puîné Guillaume, les rois Louis XV et Louis XVI. Il est aussi l’auteur d’une technique opératoire qui traversa les siècles: l’opération de la cataracte.

Né du côté de Saive le 23 décembre 1725, Henri Grandjean a toujours fréquenté le milieu médical. Avec son frère Guillaume, de cinq ans son cadet, il a été formé à l’art de soigner par son propre père, Dieudonné Grandjean, chirurgien réputé. C’est un bon élève. Il n’a pas dix-huit ans lorsqu’il est envoyé à Paris pour se perfectionner. Cinq ans plus tard, remarqué par le célèbre chirurgien Jean-Nicolas Moreau, il est admis à l’Hôtel-Dieu où il rencontre un autre grand médecin, l’ophtalmologue Jacques Daviel qui travaille sur l’opération de la cataracte par extraction. Grandjean est doué. Il ne met guère de temps à perfectionner la méthode, n’enlevant que la membrane cristalline sans extraire le cristallin. Cette technique va perdurer durant des siècles.

L’homme est très vite apprécié pour ses compétences mais aussi pour sa droiture et sa charité. Il établit, par exemple, un dispensaire où, deux fois par semaine, il opérait gratuitement les indigents. Voltaire évoque, dans ses lettres, cette générosité mais aussi les remèdes qu’il emploie pour lutter contre la cécité. Et il n’hésite pas à les conseiller à ses correspondants. Henri Grandjean devint également l’ami intime de Germain Pichault de La Martinière, premier chirurgien du Roi, qui le présenta à Louis XV et qui en fit l’oculiste de la Cour. À son avènement, Louis XVI lui conserva sa confiance et voulut même le décorer de l’ordre de Saint-Michel en « récompense des services qu’il rendait à l’humanité». C’est dans ces circonstances que, selon la tradition, il fit preuve d’une grande humilité.

Dans sa très riche biographie liégeoise, le comte Antoine-Gabriel de Becdelièvre raconte : « Aussitôt qu’il eut reçu le cordon, il partit pour Versailles. S’adressant d’abord à La Martinière, il lui observa qu’il ne pouvait porter le cordon noir avant que M. Moreau, son ancien maître et ami, en eût été décoré. M. La Martinière l’approuva et l’accom- pagna chez le Roi à qui M. Grandjean dit avec sa franchise ordinaire : Sire, vous avez eu la bonté de m’envoyer le cordon de l’ordre de Saint-Michel, mais j’observe à Votre Majesté que le célèbre Moreau n’en est pas encore décoré, et qu’il m’est impossible de le porter avant lui. Le Roi, admirant cette délicatesse, le chargea de remettre lui-même le cordon à M. Moreau, et lui promit que la première nomination serait pour lui : ce qui se réalisa en 1782. »

Henri (de) Grandjean fut aussi parmi les fondateurs du Collège de chirurgie. Il fit venir à Paris son frère Guillaume, l’installant, lui aussi, à la Cour du Roi de France. Ensemble, ils pratiquèrent des centaines d’opérations et rédigèrent un recueil d’observations de grande valeur. Il disparut à Paris en 1802, âgé de 77 ans, laissant à l’histoire médicale, outre une technique opératoire, une célèbre pommade destinée aux maladies des paupières.