Les comtes d’Egmont et de Hornes exécutés à Bruxelles pour crime de lèse-majesté

Bruxelles, XVIe siècle.

La foule est nombreuse, mais silencieuse, grave. Les gens sont venus de partout.

Un chariot progresse lentement à travers cette marée humaine. À bord, se trouvent deux hommes. En chemise blanche, le col ouvert, fiers et droits. Ils ont été condamnés à mort et, bientôt, vont être décapités.

Nous sommes le 5 juin 1568 et, dans quelques instants, les comtes d’Egmont et Hornes vont être exécutés. Pourquoi ?

Remontons deux ans auparavant. En Flandre, une chapelle a fait l’objet d’une attaque en règle, durant laquelle toutes les statues des saints ont été détruites. Un évènement qui mit irrémédiablement le feu aux poudres.

La furie protestante va alors se répandre sur une grande partie de notre territoire. De nombreuses églises et des couvents seront saccagés.

 

Philippe II d’Espagne, roi catholique qui règne sur nos provinces pour mettre fin aux troubles et mater les protestants, réagit en envoyant chez nous le duc d’Albe, pour faire arrêter le comte d’Egmont, gouverneur de la Flandre et de l’Artois, ainsi que le comte de Hornes.

Tous deux sont certes catholiques, mais opposés à la violence de la répression contre les protestants.

Chevaliers de la Toison d’or ayant osé critiquer la politique royale, ils sont accusés du crime de lèse-majesté. Une accusation qui équivaut à une sentence de mort…

Le décès tragique d’Egmont et de Hornes fera beaucoup de bruit à l’époque. Les deux comtes seront considérés comme des héros ayant affronté, au péril de leur vie, le despotisme et l’intolérance religieuse.

Montaigne parlera d’ailleurs de « cette tragédie que le duc d’Albe nous fit voir à Bruxelles. »

Statuedes comtes d’Egmont et de Horne, par Charles-Auguste Fraikin, au Petit Sablon à Bruxelles

Voltaire, Goethe et Schiller, quant à eux, les présenteront dans leurs écrits comme de véritables « héros de la liberté », tandis que, bien des années plus tard, le grand Beethoven composera une musique intitulée Egmont.

Le jeune État belge, lui, fera des deux comtes des « héros nationaux », luttant avant la lettre pour l’indépendance de leur pays !

Si vous passez par la Grand Place, imaginez, au milieu de celle-ci, une plateforme de bois surélevée avec, en son centre, un billot et un bourreau. C’est là, à cet endroit aujourd’hui si paisible, qu’eut lieu cette exécution.

En 1859, Bruxelles érigea un monument à ses deux martyrs. D’abord installée sur la Grand-Place, la sculpture, qui représente les deux amis se dirigeant vers l’échafaud, fut transférée en 1890 au Petit Sablon où l’on peut toujours les voir et imaginer ce terrible moment de répression sanguinaire.

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