La pierre qui tue

La pierre qui tue

La pierre qui tue

Vers l’an mil, sur la route de Mons, se trouvait un dolmen énorme. On disait qu’un cheval avait péri à cet endroit après l’avoir heurté. Plus tard, on déplaça la pierre qui s’avéra être un tombeau. Deux ouvriers qui s’étaient moqués du mort en perdirent à leur tour la vie. 

C’est alors que le peuple se souvint d’un saint homme nommé Guidon qui avait précisément suivi la route de pèlerinage jusqu’à Rome. À en croire les miracles qu’il fit, cet endroit devait être le lieu de sa sépulture. 

Ses reliques furent pieusement rassemblées et transférées dans une crypte préparée à cette intention dans la partie la plus ancienne de la collégiale SaintGuidon, à Anderlecht. La construction de celle-ci remonte à l’époque de la création de Bruxelles. Le dolmen y fut symboliquement reconstitué. 

C’est donc dans la salle la plus secrète de l’église que l’on déposa les reliques du saint-homme, entourées des six tableaux évoquant sa vie ; depuis son pèlerinage jusqu’à ses miracles dont celui qui avait permis de retrouver sa tombe. D’anciens rites y sont toujours pratiqués et, curieusement, ce sont les mêmes que ceux qui sont accomplis à Port-Blanc, sur la côte bretonne. Ces rites se déroulent autour d’un autre dolmen dédié à saint Guidas et possédant de nombreux points communs avec notre Guidon d’Anderlecht. Bien qu’il soit situé à 600 kilomètres de l’autre, les gens s’y rendaient à cheval pour obtenir la protection du bétail et la guérison de l’épizootie. 

Il faut encore se faufiler sous la table de pierre, entre les deux supports, si l’on veut suivre à la lettre les traditions ancestrales. Or, en accomplissant ce rite, le pèlerin ne se rend pas compte qu’il suit un axe par lequel un rayon de soleil passe à l’instant précis du midi solaire. En outre, trois autres fenêtres percées dans la crypte y ajoutent, selon l’époque de l’année, les levers équinoxiaux et solsticiaux. Une légende veut qu’un maçon nommé Tancrade et ayant perdu la vue la recouvrât miraculeusement après avoir justement rampé sous la tombe antique, dans l’axe du midi solaire. Tancrade semble d’ailleurs être un nom bien curieux pour un maçon lorsque l’on sait que, selon les étymologistes, il signifierait quelque chose comme « intuition » en saxon.