La mitrailleuse de Toussaint Fafchamps

La mitrailleuse de Toussaint Fafchamps

La mitrailleuse de Toussaint Fafchamps

Depuis des siècles, Liège a la réputation de produire les meilleures armes. Le Musée Curtius possède, en la matière, l’une des plus belles collections au monde. On y trouve toute la production de la Fabrique Nationale. Mais pas la première mitrailleuse. Elle a pourtant été inventée par Toussaint Fafchamps, un enfant du pays.

C’est, en effet, à Housse, dans l’actuelle entité de Blegny que naît, le 12 novembre 1783, Toussaint- Henri-Joseph Fafchamps. Il est le fils d’un notable qui exerça les fonctions de mayeur et de notaire impérial. Formé à l’École centrale du Département de l’Ourthe, il quitte très vite la vallée de la Meuse pour l’École de Navigation d’Anvers. La mer l’attire. Le 5 janvier 1801, il monte d’ailleurs à bord de l’« Alerte », un bâtiment de la Marine française en, qualité de novice de deuxième classe. Mais l’expérience ne l’enthousiasme guère. Quatre mois plus tard, il préfère rejoindre la terre ferme, ne quittant néanmoins pas la vie militaire. On retrouve, en effet, sa trace au sein de la garde nationale mobile du Département de l’Ourthe. Il fera même quelques campagnes au cœur des armées napoléoniennes, ce qui, par la suite, lui permit d’exhiber la très prestigieuse Médaille de Sainte-Hélène. Celle attribuée aux fidèles de l’Empereur.

Parallèlement à sa carrière d’officier, il reprend des études, suivant les cours de l’École spéciale de Chimie de Douai et ceux de physique de l’École centrale de Liège. Avec une formation aussi éclectique, il n’est pas étonnant de découvrir qu’il fut, tour à tour, géomètre, distillateur, fabricant de sucre indigène, maire-adjoint de Housse, conducteur de mines. Il excelle d’ailleurs dans cette dernière fonction, inventant une machine d’épuisement à traction directe qui révolutionna l’extraction houillère et l’industrie sidérurgique. Puis le marteau-pilon.

Mais Toussaint Fafchamps reste, en son for intérieur, un militaire. En 1830, on le retrouve à la tête des volontaires de Charleroi, rejoignant les combattants du Parc de Bruxelles. Puis, en 1832, au siège d’Anvers, place qu’il bombarda à l’aide d’un petit mortier portatif de son invention. Pas moins de 3.000 boulets furent ainsi lancés en quatorze jours avec des résultats surprenants. Il acheva sa carrière militaire à l’État-Major de la place d’Ypres.

Le 12 août 1840, il est nommé ingénieur auprès de Mehemet Ali, le vice-roi d’Égypte. Sur la route du Caire, il apprend, alors qu’il était en Espagne, que sa présence sur les bords du Nil n’est plus souhaitée. C’est donc dans la péninsule ibérique qu’il entame une nouvelle carrière industrielle. Il y restera sept ans. Le temps d’avoir le mal du pays et de rédiger un « Mémoire sur la défense des places fortes et du territoire du royaume ».

Notre homme est bel et bien resté un militaire dans l’âme et la tête. Il s’intéresse, cette fois aux armes, inventant une carabine à canons multiples et « une arme de casemate destinée au flanquement des fossés, dotée d’un assemblage parallélépipédique de 50 canons se chargeant par la culasse et tirant des cartouches amorcées en salves ». Ni plus ni moins que la première mitrailleuse. On raconte qu’elle était activée en tournant une crémaillère à l’aide de manivelles ; qu’elle permettait de tirer deux salves par minute et qu’elle avait une portée de l’ordre de 1 000 mètres.

Testé de 1851 à 1857, ce « canon à balles » fut commercialisé, dès 1863, par l’armurier belge Joseph Montigny, qui lui associera son nom. Fafchamps n’eut pas à assumer le poids de son invention, particulièrement meurtrière lors des combats de 1870. Il mourut le 7 juillet 1868 à l’âge vénérable de 85 ans.