Parmentier n’est pas le père de la pomme de terre

Parmentier n’est pas le père de la pomme de terre

Parmentier n’est pas le père de la pomme de terre

Cela ne fera, à nouveau, pas plaisir à nos amis français mais il faut avouer que l’usage alimentaire de la pomme de terre n’a pas été initié par Antoine Parmentier. Bien avant sa naissance, le Brugeois Antoon Verhulst en avait déjà fait un produit de consommation. Et la meilleure des « patates » a été créée en terres liégeoises.

Depuis des siècles, Antoine Parmentier (1737-1813) est présenté comme le père de la pomme de terre. Il aurait, selon la légende, découvert la vertu alimentaire du tubercule alors que, en pleine guerre de Sept Ans, il se trouvait prisonnier, affamé quelque part en Allemagne. De retour dans une France marquée par la famine, il mit, dès 1763, toute son énergie à promouvoir la consommation de la pomme de terre jusqu’alors réservée aux cochons. Bien connue des agriculteurs, elle avait, en France, été interdite de culture car elle était soupçonnée de transmettre la lèpre. Parmentier consacra plusieurs années de sa vie à prouver, au contraire, les vertus du tubercule. Précurseur du marketing, il utilisa tous les stratagèmes pour promouvoir son produit. Afin de valoriser la pomme de terre, il fit par exemple monter la garde autour d’un de ses champs, donnant ainsi l’impression aux riverains qu’il s’agissait d’une culture rare et chère, destinée au seul usage des nobles. Pour montrer l’exemple, il n’hésita pas, non plus, à convier à sa table des personnalités comme Benjamin Franklin ou Antoine de Lavoisier, leur faisant déguster diverses préparations. Son nom et celui du végétal furent ainsi, à tout jamais, unis dans la mémoire collective. Pourtant, bien avant sa « découverte », nos paysans faisaient déjà un usage alimentaire du produit.

La pomme de terre serait en fait originaire de la cordillère des Andes sud-américaine. Selon les archéologues, elle y aurait été cultivée dès le Néolithique. Des traces de cette culture, 8000 ans avant Jésus-Christ, auraient été découvertes sur la côte péruvienne. Et ce sont les conquistadors espagnols qui auraient rapatrié quelques spécimens en Europe dès le milieu du XVIe siècle.

En Belgique, plusieurs documents attestent que la première pomme de terre est arrivée au port d’Anvers, en 1567, en provenance des îles Canaries. Vingt ans plus tard, Philippe de Sivry, seigneur de Walhain et Gouverneur de Mons recevait, officiellement, de la légation du pape, le précieux tubercule. Et c’est un chanoine d’Hoogstraeten, François Van Sterbeck qui, le premier, vers 1660, s’adonna à la culture de celui-ci. Sans pour autant imaginer qu’il puisse être consommé par la gent humaine. À Bruges, un certain Antoon Verhulst se rend compte, dès 1702, que la culture de la pomme de terre est plus prolifique et moins coûteuse que celle du haricot, à l’époque sur toutes les tables… sauf sur celles des classes laborieuses qui ne pouvaient se l’offrir. Membre d’une confrérie de jardiniers, il va mettre toute son énergie à défendre sa production, offrant des plants à nombre de ses collègues, organisant des dégustations, luttant aussi contre bien des préjugés. Même les grandes abbayes de Flandres tombèrent sous le charme du tubercule.

Malgré les contre-indications pseudo-médicales, ils acceptèrent que la dîme soit payée en pommes de terre. « Et quand les paysans virent qu’on se portait fort bien à l’abbaye, malgré les pommes de terre qui régulièrement arrivaient deux fois à table par jour, ils n’eurent pas assez d’éloges pour la plante de Verhulst », commente Charles Morren dans ses « Palmes et couronne de l’horticulture de Belgique ».

En 1740, bien des témoignages le confirment, le marché de Bruges est inondé par les patates à consommer. Parmentier n’a que trois ans. Il va pourtant éclipser le travail acharné de Verhulst. Aujourd’hui, seule une petite rue brugeoise rappelle son existence. Mais personne, dans les environs, n’est capable de conter son histoire…

À Liège aussi, la pomme de terre était cultivée bien avant 1740. On a d’ailleurs trace de sa présence dans la vallée de la Semois et en région spadoise dès 1710. Ce serait d’ailleurs un modeste cultivateur de Jalhay, un certain Grégoire, qui aurait, parait-il, initié Parmentier à cette culture. C’est du moins ce qui se dit sur le plateau des Fagnes.

Elle intéressa aussi fortement, dès le début du XIXesiècle, le pharmacien et botaniste Étienne Dossin (1777-1852). On lui doit une analyse chimique consciencieuse et l’attribution de multiples qualités quant à l’alimentation humaine. Avec l’un de ses voisins, le cultivateur Nicolas Foidart (1772-1846), il développa une espèce très longue, un peu biscornue, très nourrissante, goûteuse à souhait et surtout résistante aux maladies : la Cwène di Gade. Aujourd’hui encore, cette dernière est considérée comme l’une des plus savoureuses pommes de terre. Même les plus étoilés des cuisiniers français se l’arrachent au marché de Rungis !