Léopold Ier de Saxe Cobourg (1831-1865)

Léopold Ier de Saxe Cobourg (1831-1865)

Léopold Ier de Saxe Cobourg (1831-1865)

Devenu le premier roi du pays après son indépendance, en 1831, à l’âge de 41 ans, il demande l’aide militaire de la France pour débarrasser le pays du joug hollandais. En premières noces, il épouse Charlotte de Hanovre, héritière au trône d’Angleterre, en secondes, Louise-Marie d’Orléans, fille du roi de France Louis-Philippe d’Orléans. Il a une solide expérience militaire (il a été général dans l’armée russe), un grand sens de l’humour, une vive intelligence, la passion pour la chasse, la nature et… les jolies femmes. De son deuxième mariage sont nés Louis-Philippe, Léopold (futur Léopold II), Philippe (père d’Albert) et Charlotte (future impératrice du Mexique).

Un bel homme

Les quelques portraits connus du roi, toujours les mêmes, nous montrent un homme relativement âgé, voire emperruqué, triste, figé, sévère, bref peu attirant… Il était très différent dans la force de l’âge. En 1816, la duchesse d’Orléans écrit qu’ « il est très grand, bien fait et élégant ». À  Sainte-Hélène, Napoléon  avoue : « Je  n’ai jamais  vu  aux  Tuileries  de plus  bel  homme. » Dans ses Souvenirs, la princesse de Ligne évoque son sourire irrésistible. Quelques croquis et gravures méconnus aident à mieux comprendre l’admiration qu’il suscita au Congrès de Vienne. Le chanoine Saint-Simon le traitait volontiers de don Juan, « le cynisme en moins ». Son entourage lui reconnaissait un charme indéfinissable. Le simple fait qu’il réussit à conquérir le cœur de l’impétueuse Charlotte tend à le prouver. La mélancolie qui l’envahit après la mort de celle-ci ne fit, paraît-il, qu’accentuer son pouvoir de séduction. D’ailleurs, quelques grandes dames, comme Lolly, comtesse de Ficquelmont, Lady Ellenborough ou Lady Stanhope, n’y restèrent pas insensibles…

L’amour de sa vie

Quand, en 1814, le prince Léopold rencontre pour la première fois Charlotte de Hanovre, princesse de Galles, une blonde exquise de 18 ans, le coup de foudre les frappe tous deux immédiatement. L’héritière de la couronne d’Angleterre renonce à son fiancé, le prince d’Orange, pour lier éternellement son destin à ce prince charmant allemand. Ainsi est-il projeté à l’avant de la scène politique et devient-il bientôt tuteur de Victoria (née en 1819), fille de sa sœur Victoire de Saxe-Cobourg, future prestigieuse reine d’Angleterre.

En février 1816, Léopold gagne Londres avec son ami et confident Christian Stockmar pour le mariage, mais s’impatiente de séjourner au pavillon de Brighton en attendant que le régent daigne terminer d’en régler les plus mesquines formalités, genre « Son altesse royale a-t-elle le droit de porter un manteau royal ? » Le temps lui paraît d’autant plus long qu’il lui est interdit de rencontrer son cher amour dans l’intimité. Alors, il le met à profit pour conquérir par son affabilité beaucoup de personnalités du pays et même de simples habitants de Brighton avec qui il converse amicalement. L’anecdote suivante est révélatrice de sa bonté. Un matin, alors qu’il se promène à West Cliff, il est surpris par un orage. Rôdé à la patience, il entre s’abriter dans une auberge et s’installe pour lire un journal. Quand le tavernier vient lui demander ce qu’il souhaite consommer, il répond : « Rien ». Quand l’orage cesse, il se lève pour se retirer en déclarant avec le sourire : « J’ai dit que je ne prenais rien, mais je n’ai pas dit que je ne donnais rien. » Et d’offrir à l’aubergiste ébahi une bourse remplie de pièces d’or…

Finalement, la cérémonie de mariage est fixée au 2 mai. Pas moins de 1548 couples ont retardé le leur jusqu’à cette date pour s’enorgueillir toute leur vie de s’être unis le même jour et à la même heure que la princesse Charlotte !

La lune de miel semble se prolonger pour toujours. À propos de sa « petite souris blanche », comme il affecte d’appeler sa tendre épouse, le prince écrit à sa sœur : « Le monde exige que je fasse du charme, alors qu’il n’y a que ma chère petite femme qui m’occupe. » Ou encore : « Ma Charlotte est une petite femme amoureuse et magnifique. » Bien que de caractère trempé, elle lui disait volontiers : « Puisque vous le voulez, je le ferai. » Elle précise dans un lettre : « Si je vous cède, c’est parce que je vous aime et non parce que vous avez raison ! » Mais la lune de miel va bientôt tragiquement s’arrêter…

Un désastre

La petite souris blanche attend un enfant pour le début novembre 1817. La maison de Charlotte comptait sept médecins, dont l’accoucheur Richard Croft, un véritable charlatan qui soumit Charlotte à un régime débilitant. Si elle avait faim, il lui prescrivait la diète. Si elle voulait prendre l’air, il répondait : « Une vache dans cet état ne bouge pas, pourCause probable de la mort de Louise-Marie Le château de Laeken est une glacière. Pour chauffer les salons, on se contente d’un grand poêle dont la buse rampe le long des murs. Rois, princes et domestiques s’y lavent à l’eau froide, si froide qu’il faut briser la glace des lavabos en plein hiver. Le palais est si humide que Marie-Louise est prise d’un rhume quasi chronique. Peu avant sa mort, en 1850, sans doute de tuberculose, elle écrit à sa mère : « L’état de mes bronches me fait tousser et me rend parfois la respiration difficile. » On l’installe seule à Ostende en pensant que l’air de la mer la guérira, mais elle décède le 11 octobre de la même année, accablée en outre par la mort récente de son père qu’elle adorait, comme toute sa famille.quoi V.A.R. le ferait-elle ? » Ne va-t-il pas jusqu’à faire ingurgiter quantité de Gin à la parturiente pour calmer ses douleurs ? Léopold avait averti son ami le docteur Stockmar de pareils traitements. Malgré tout, le 3 novembre, Croft opère seul. Charlotte accouche d’un mort-né et décède quelques heures plus tard sans que Croft s’en aperçoive ! Rongé par sa faute, il se suicide peu après. Brisé de douleur, le prince confie : « Je donnerais beaucoup si je pouvais obtenir de Dieu la permission d’en finir avec cette vie et d’être réuni à nouveau avec elle. »

Un mariage bien arrangé

Le roi reste inconsolable jusqu’au moment où, lors d’une réception, son regard croise celui d’Arcadie Claret, fille d’un major de l’armée belge. À 19 ans, elle est encore mineure et son père, homme de bonne famille, s’en offusque. Pour éviter le scandale qui ne peut manquer d’éclater, le roi a une idée : Frédéric Meyer, un écuyer veuf de 36 ans, en qui il a toute confiance, épousera Arcadie. Sitôt dit, sitôt fait. Le mariage est célébré à l’hôtel de Ville d’Ixelles le 30 juin 1845. Léopold confie immédiatement au mari complaisant une mission à l’étranger, sans doute avantageusement rémunérée. Jamais on ne l’a revu !

Arcadie Claret habitait au n° 288 de la rue Royale, à Bruxelles, mais comme elle devait subir la vindicte de la foule, qui jetait des légumes pourris sur ses fenêtres, Léopold Ier l’installa d’autant plus volontiers au Stuyvenberg. La liaison du roi avec Acadie durera 20 ans et deux fils en naîtront : Georges et Arthur.

Mais cette idylle ne suffit pas. Il faut bien perpétuer la monarchie…

Croisement de sentiments

Le roi de France avait refusé que son fils, le duc de Nemours, accède au trône de Belgique en 1830. Mais, en 1832, il consent de donner la main de sa fille, Louise-Marie d’Orléans, au roi Léopold qui l’épouse, en secondes noces, le 9 août, à Compiègne. Il est quadragénaire, elle a 22 ans de moins. Ce n’est qu’un mariage de raison et la chapelle du château conserve encore le souvenir des larmes qu’elle versa lors de la cérémonie. Dans son courrier quotidien à sa mère, la reine Marie-Amélie, que l’on nomme en Belgique la « bonne reine Louise-Marie », ne manifeste aucun sentiment amoureux envers son mari. Dans une lettre datée du 25 août, elle écrit :                « Je n’ai pas plus d’amour pour lui que je n’en avais avant de l’épouser. Je l’aime comme un ami […] ; du reste je suis indifférente à ses caresses comme à sa familiarité ; je les supporte, je laisse faire, mais j’y trouve plus de répulsion que de plaisir. S’il voulait m’aimer comme m’aiment mes frères, et me laisser l’aimer de même, je serais parfaitement contente. Il y a des choses qui me glacent et m’irritent comme le premier jour ; je ne me fais pas à ce que j’appellerai la partie animale de ma nouvelle position ; elle m’éloigne, me répugne et me dégoûte […] Je crois, je vous dirai, qu’il s’en aperçoit… »

Elle écrit aussi, avec une ironie sans doute involontaire : « Le roi, son chien et moi habitons seuls le palais. »

Lui, en revanche, l’appelle « Liebchen » le lendemain de la nuit de noces, ce qui ne l’empêchera pas de la tromper royalement…

Voici le portrait plutôt agréable qu’il en brosse à sa nièce Victoria, à laquelle il témoigne par la même occasion beaucoup d’affection :                                                                                                      « Mon cher amour,                                                                                                                                      Vous m’aviez dit que vous désiriez le portrait de votre nouvelle tante […] ; ses cheveux sont blonds, des yeux bleu clair, avec une agréable expression d’intelligence et de bonté, un nez bourbon et une petite bouche. Elle monte très bien à cheval ; elle m’a révélé ses talents l’autre jour, à ma grande terreur : elle est restée en selle, bien que son cheval l’ait emportée à toute allure pendant près d’un kilomètre. Elle est surtout une remarquable danseuse. Malheureusement, elle n’aime pas la musique quoi qu’elle joue de la harpe ; je crois qu’il y a là-dessous un peu de paresse… Ses actes sont toujours dirigés par des principes. […] elle est très instruite et très intelligente ; elle parle et écrit en anglais, en allemand et en italien. Bref, mon cher amour, vous voyez que je puis la donner en exemple à toutes les jeunes filles, qu’elles soient princesses ou non. »

La passion de la reine pour son mari naîtra pourtant quelques années plus tard, mais la réaction de celui-ci est cinglante, à en croire une révélation de Léopold III : « Too late ! » (trop tard !)

Cause probable de la mort de Louise-Marie

Le château de Laeken est une glacière. Pour chauffer les salons, on se contente d’un grand poêle dont la buse rampe le long des murs. Rois, princes et domestiques s’y lavent à l’eau froide, si froide qu’il faut briser la glace des lavabos en plein hiver. Le palais est si humide que Marie-Louise est prise d’un rhume quasi chronique. Peu avant sa mort, en 1850, sans doute de tuberculose, elle écrit à sa mère : « L’état de mes bronches me fait tousser et me rend parfois la respiration difficile. » On l’installe seule à Ostende en pensant que l’air de la mer la guérira, mais elle décède le 11 octobre de la même année, accablée en outre par la mort récente de son père qu’elle adorait, comme toute sa famille.