Joseph II (1765-1790)

Joseph II (1765-1790)

Joseph II (1765-1790)

Empereur germanique, né en 1741, il monte sur le trône à la mort de son père, François Ier de Habsbourg, mais ne règne vraiment qu’à la mort de sa mère Marie-Thérèse, impératrice d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême. Son règne de « despote éclairé » fut marqué par des bouleversements profonds. Ses réformes trop brutales ne furent ni comprises ni acceptées par ses peuples. Il mourut en 1790, laissant ses territoires à son frère Léopold II.

Sale gosse !

Bébé, Joseph se montrait difficile pour manger. Souvent, ce têtu repoussait son assiette en répétant avec mauvaise humeur : « Je n’en veux pas ! » Pour en venir à bout, Marie-Thérèse, exaspérée, fit cacher sous sa table un jeune officier de la garde qui, dès le premier « Je n’en veux pas », avait pour mission de vociférer d’une voix caverneuse : « Veux-tu bouffer, tout de suite, polisson ? » Le truc a marché un certain temps, puis il recommença de plus belle sur un ton de plus en plus insupportable, comme pour défier l’Europe entière !

Radin

Quand Joseph II pouvait économiser ne fût-ce que quelques deniers, même sur sa propre garde-robe, il était satisfait. Voici comment le décrit Kazinczy, écrivain hongrois, qui l’a vu dans son enfance :

« Dès qu’il fut descendu de son carrosse, l’empereur se rendit dans sa chambre, pour en ressortir aussitôt. Il était vêtu d’un manteau couleur vin, tenant sous le bras sa casquette à large bord, recouverte d’une toile cirée. Il salua, sans dire un mot, ceux qui s’étaient rassemblés pour le voir et s’informa en latin au sujet des relais dans la direction de Munkàcs et sur la distance qui les séparait. Il nota les réponses dans son carnet, s’inclina à nouveau et s’enferma dans son bureau jusqu’à midi. » Kazinczy, avec quelques privilégiés, reçut l’autorisation d’assister à son déjeuner. Il témoigne : « Je vis avec étonnement que le manteau vert au col rouge de l’empereur était rapiécé aux coudes. Il avait des boutons jaunes, son gilet et ses culottes étaient couleur citron, ses genoux étaient couverts de guêtres en toile blanche. […] Il détestait le gaspillage et le luxe ; il voulait donner un exemple de simplicité en mettant un manteau rapiécé. »

Ce souci de l’économie s’observe en tout domaine, même en musique, qui le passionnait pourtant. S’il faut le compter parmi les premiers à avoir reconnu le génie de Mozart, il lui dit aussi, en lui tapotant les épaules, après avoir entendu la première de l’Enlèvement au sérail : « Très, très bien. Il y a seulement un peu trop de notes. » Son enthousiasme pour le compositeur ne se marqua pourtant pas par une rémunération substantielle. Celui-ci dut se contenter d’une rente annuelle de 800 florins, alors que le successeur de Frédéric II de Prusse lui en offrait 3000 pour le même service. Pour l’empereur, la musique restait malgré tout un luxe. Gaspiller pour elle l’argent de l’État était impensable… Tous les fonctionnaires de l’État, que par ailleurs il invitait à ne jamais hésiter à le déranger, étaient mal payés.

Des réformes en veux-tu en voilà

En dix ans de règne, avec sa fâcheuse habitude de tout réformer par lui-même, le despote éclairé a édicté pas moins de 17 000 lois et décrets. En procédant ainsi, prétendument pour le bien du peuple, il se mit à dos toutes les catégories sociales de notre pays. « Dès 1790, Joseph II était à peu près aussi impopulaire que Marie-Antoinette mais pour des raisons opposées », écrit l’Anglais Nicholas Henderson. Nombre de réformes étaient autant d’intrusions dans la vie privée, par exemple l’interdiction de nourrir les bébés au lait de vache ou celle, pour les femmes, de porter le corset… En matière religieuse, elles étaient si tatillonnes qu’elles ont valu à l’empereur le surnom de « roi sacristain ». Il heurtait les mentalités ancrées dans des traditions séculaires, même si ses intentions étaient louables. Ainsi, il réduit le nombre de cierges dans les sanctuaires, interdit les cercueils en bois, défend aux religieux de chanter en chœur – estimant que c’est une perte de temps –, retire aux images saintes leur accoutrement bizarre, fait enlever les ex-voto, proscrit le culte des reliques et celui du Saint-Sépulchre au cours de la semaine sainte, qu’il considère comme autant de cérémonies païennes. Il abolit les jubilés, les processions et les pèlerinages en groupes ; ceux qui subsistent sont réglementés. Il limite le nombre de jours de fêtes religieuses, auxquelles nos ancêtres étaient si attachés. Il supprime 700 monastères d’ordres contemplatifs, car il n’estime utiles que les maisons religieuses où l’on enseigne et où l’on soigne les malades. Pour réduire les dépenses de la Cour, il va jusqu’à envoyer au couvent ses sœurs célibataires, jugées elles aussi inutiles. Aux Pays-Bas, il ferme les séminaires épiscopaux et envoie tous les séminaristes à Louvain, dans un séminaire dit « général », destiné à mieux former les prêtres. Son but est clairement de soumettre l’Église au pouvoir civil.

Il fixe une date unique pour toutes les kermesses du pays, prétextant qu’elles sont sources de beuveries et donc de violence, qu’elles sont autant de journées chômées, qui aggravent la pauvreté. Il met aussi fin aux carnavals joyeux et pittoresques. Après tout, puisque lui-même n’avait pas le temps d’y participer, comment ses sujets pouvaient-ils en avoir ? Selon l’ambassadeur prussien Riedesel, plus aucun Viennois n’osait montrer qu’il lui restait du temps pour s’amuser. Pour Joseph II, tolérance ne signifiait pas pour autant que catholiques et protestants soient égaux. Ainsi, un temple ne doit en rien ressembler à une église. Il ne peut être doté ni d’un clocher, ni de cloches, ni d’un portail principal donnant sur la rue. Les chrétiens non-catholiques ne furent jamais que tolérés. Les déistes et les sabbataires lui étaient particulièrement désagréables, parce qu’ils se basaient sur l’Evangile pour refuser d’accomplir leur service militaire. En conséquence, il décida de punir les fautifs de 25 coups de bâton sur le dos, sans jugement, et de répéter le traitement jusqu’à ce qu’ils rentrent dans le rang. Les réformes du souverain provoquèrent un mécontentement général et la révolte se mit à gronder un peu partout. Dans les Pays-Bas, la Révolution brabançonne, qui se répand en fait dans l’ensemble du territoire, éclate en 1789. 

Amour interdit

Quand Joseph II et Marie-Isabelle de Parme (fille du duc Philippe Ier de Parme et d’Elisabeth de France) se marièrent, en octobre 1760, ils brûlaient d’amour l’un pour l’autre. Mais le feu de la passion réciproque s’éteignit assez rapidement car Isabelle s’était éprise de sa belle-sœur, la princesse Marie-Christine, aussi dure et sévère que virile. L’amour des deux femmes resta secret, mais bientôt Marie-Christine délaissa Isabelle qui, rongée par la neurasthénie, revint à son époux auquel elle ne réserva plus qu’une amitié mélancolique. C’est seulement à l’heure de la mort, durant l’hiver 1763, des suites de la petite vérole, qu’elle avouera son secret à l’empereur. Elle est la seule femme que celui-ci aimât jamais.

Délaisser la bourgeonnante Josépha pour une plantureuse jardinière

Deux années plus tard, Joseph II se remarie avec la princesse Josépha, fille de Charles VII de Bavière et de Marie-Amélie de Habsbourg de Bavière, uniquement par intérêt dynastique. Jamais l’empereur n’a ressenti le moindre sentiment amoureux pour cette femme dont la laideur naturelle était aggravée par une répugnante maladie de la peau. Il ne cache même pas son dégoût : « Si son corps n’était pas tellement couvert de boutons, écrit-il, j’essaierais d’avoir des enfants… » En effet, elle ne lui en donnera aucun et il s’empresse de la délaisser. À 21 ans, elle aussi meurt de complications de la petite vérole. Vacciné désormais contre le mariage, Joseph vit des aventures coquines avec la fille de l’un de ses jardiniers, aussi ronde et fraîche qu’experte en volupté…

La Guerre de la Marmite

La fermeture de l’Escaut est une conséquence du traité de Munster, signé en 1648, qui met un terme aux guerres entre l’Espagne et la Hollande. Le hasard a attribué le port d’Anvers à l’Espagne, mais le contrôle de l’Escaut est assuré par les Provinces-Unies. Celles-ci décident de le fermer aux navires venant de la mer, afin de priver notre pays de son commerce au profit d’Amsterdam. Depuis longtemps, Joseph II revendique la liberté du fleuve. Le 8 octobre 1784, il cherche à forcer ce blocus en envoyant le brigantin Louis remonter et descendre l’Escaut. Mais au-delà de la forteresse de Lillo, les Hollandais tirent des coups de sommation. Le navire continue sa route et un boulet atterrit sur le pont en plein… dans la marmite à soupe, l’obligeant à déguerpir. D’où le nom donné à cette pitoyable expédition militaire, bientôt complétée par la capture d’un deuxième bateau impérial, l’Attente

Le 16 novembre 1792, les Français remontent l’Escaut et, se fondant sur le droit naturel, décrètent que, désormais, on pourra naviguer librement sur les fleuves internationaux. Cette décision devient effective la 10 août 1795, à la suite du traité de La Haye (16 mai), qui fonde la République batave.

Maître de cérémonie de sa propre mort

Lorsque l’empereur reçut pour la seconde fois les derniers sacrements, il organisa lui-même, avec minutie, la procession accompagnant l’eucharistie. Lorsqu’il entendit le cortège s’ébranler dans la chapelle du château, il se traîna tant bien que mal jusqu’à la fenêtre de sa chambre pour s’assurer que ses ordres avaient bien été respectés…

La place de Mons au début du 19e siècle

Que peut donc bien faire cet Auxerrois à Mons ? L’explication est simple : il fut le patron de la ville jusqu’à ce que Waudru vienne le détrôner au seizième siècle.

La capitale du Hainaut n’était d’ailleurs pas la seule dans le cas puisque Huy possède aussi une paroisse Saint-Germain. Le singe à la main dans le dos y soutenait, au fameux porche du Bethléem, la statue du saint évêque en question.

S’il est logique que les Montois invoquent leur saint patron en caressant l’occiput de son compagnon, il l’est tout autant que notre singe à la main dans le dos possède ici la même valeur qu’à Auxerre ou à Huy.

Dans l’iconographie des cathédrales, le singe représente celui qui, imitant son maître, demeure incapable de lui ressembler. Il incarne donc le profane qui voudrait accéder à la connaissance sans passer par la voie de l’initiation et ne peut donc être qu’un apprenti-sorcier.

À Auxerre, la bête tourne le dos au chemin de pèlerinage vers Rome qui débute là. De la même manière et avec le même sens, la statue de l’âne qui vielle s’appuie l’échine contre la cathédrale de Chartres. Le savoir des cathédrales ou celui du pèlerin n’est pas à la portée du profane : ces choses sont réservées au seul initié. Or, dans sa muraille montoise, le singe de la Grand-Place était dos au mur d’une chapelle qui, dans le domaine de l’ésotérisme, a eu son importance. Ce sanctuaire dédié à saint Georges avait été celui du comte Guillaume IV de Hainaut pour qui Jean van Eyck peignit son célèbre Agneau Mystique.