Léon Schreurs « Le dernier défenseur de Louvain »

Léon Schreurs « Le dernier défenseur de Louvain »

Léon Schreurs « Le dernier défenseur de Louvain »

Guillaume Jean Léon Scheurs naît à Molenbeek-Saint-Jean le 10 février 1888. Une particularité dès le départ: il ne naît pas belge, mais hollandais comme son père. Toujours est-il que, en 1907, arrivé à l’âge adulte, Schreurs choisit de devenir belge. Mais, devenu belge, il endosse aussi des obligations militaires. C’est ainsi que, quand la guerre arrive, il se retrouve affecté au 6e Régiment de Ligne.

Aussitôt leur mobilisation terminée, Schreurs et ses compagnons d’armes sont dirigés sur la position d’observation de la Gette. Ils n’y livrent aucun combat réel. Quand l’armée est contrainte de se replier, ils reçoivent cependant leur baptême du feu à Werchter et à Aarschot. Ils sont également aux prises avec les Allemands à Louvain.

Le 19 août 1914, les troupes allemandes arrivent devant la vieille cité universitaire où se trouve le 6e de Ligne. En tout début d’après-midi, deux de nos canonniers, en position au Pont de Tivoli qui donne sur la chaussée venant de Tirlemont, repèrent les premiers éclaireurs ennemis qui s’avancent.

Avec sang froid, l’officier qui commande le détachement donne ses ordres et quand il juge que les Allemands se sont suffisamment avancés, il ordonne d’ouvrir le feu. Toutes les armes belges se mettent à cracher la mort en direction des envahisseurs.

Cette embuscade destinée à retarder l’avance ennemie ayant pleinement réussi, l’ordre de repli retentit et les soldats se retirent en bon ordre. Le silence retombe aussitôt sur la chaussée de Tirlemont, à nouveau déserte. Seuls quelques Allemands envoyés en éclaireurs continuent à avancer, le corps plié en deux, à la recherche du moindre endroit où s’abriter.

Au moment où quelques civils, pensant le calme revenu, redescendent dans la rue, de nouveaux coups de feu éclatent. Les éclaireurs allemands sont à terre et tirent. Mais sur qui ? 

Il est 14 heures. Les gens qui se sont à nouveau claquemurés chez eux risquent un œil à leur fenêtre pour comprendre et que voient-ils ? Un petit fantassin belge, resté seul, un simple soldat du 6e de Ligne qui pourtant vient de lever le camp en toute hâte. Il est là, à la Porte de Tirlemont, couché à l’abri de la boîte aux lettres de l’ancien poste de péage. Ils apprendront plus tard qu’il s’agit d’un jeune soldat du nom de Léon Schreurs.

Mais que fait-il là, seul ? En réalité on n’en sait encore rien aujourd’hui. D’autant que le seul récit qu’on ait de cet acte, fait état de supplications de les suivre venant de ses camarades. Il est donc possible que ce soit l’héroïsme pur qui ait joué. Cela s’est vu plus d’une fois sur des champs de bataille. 

Toujours est-il qu’en cet après-midi du 19 août 1914, Léon est bien là, seul, à ce grand carrefour. Il n’y a plus aucun autre Belge avec lui. Et, juste de l’autre côté, il y a… les Allemands.  Il a déjà abattu trois Allemands, il aurait juré d’en supprimer huit. Notre fantassin est toujours aussi calme, il a maintenant abattu quatre Allemands. Malgré son abri, il a déjà été touché à plusieurs reprises. Il espère toujours arriver à abattre ses huit Allemands quand une balle mieux placée le touche à mort et le couche pour toujours à son poste de tir. C’en est fini de cette folle et héroïque défense d’une ville par un seul petit fantassin belge !

Qui saura jamais ce qui se passa dans la tête de cet obscur soldat ?L’endroit où s’est passé cet acte, la «Tiensepoort», est toujours visible aujourd’hui et n’a que peu changé. Son acte valut à Léon d’être rapidement surnommé «le dernier défenseur de Louvain ».