Alexandre Galopin « L’ingénieur »

Alexandre Galopin « L'ingénieur »

Alexandre Galopin « L'ingénieur »

Alexandre Galopin est le genre d’homme semblant être descendu d’une planète où ce n’est pas l’homme qui a une intelligence, mais où l’intelligence s’est recouverte d’une apparence humaine. Alexandre entame des études d’ingénieur et il est diplômé brillamment en 1902. 

En ce début du XXe siècle, cet homme d’une intelligence supérieure pense-t-il déjà à la guerre ? En tout cas, dès cette époque, Galopin s’intéresse aux armes. Il finit par entrer à la «Fabrique nationale d’armes de guerre», qui deviendra plus tard notre célèbre FN. Il veut tout connaître et commence par le bas de l’échelle comme un simple -ouvrier ajusteur. Il grimpe rapidement les échelons. Il passe comme dessinateur au bureau d’études.

En 1913, il accède à la direction de la fabrique d’armes. Dès la déclaration de guerre, il se met immédiatement au service de son gouvernement, il suit l’armée à Anvers, puis au Havre où siège notre gouvernement.

Il est à peine arrivé en France qu’aussitôt Albert Thomas, le ministre français de l’Armement qui connaît la réputation du Belge, fait des pieds et des mains auprès de nos dirigeants pour pouvoir s’attacher ses services. Il faut des hommes pour s’atteler à cette tâche immense qui consiste à mettre sur pied l’approvisionnement français, surtout au niveau de l’armement.

Il faut donc tout réorganiser. C’est Galopin, le Belge qui se voit confier la fabrication de tous les fusils de guerre français avec cependant une condition : en contrepartie, l’armée belge sera aussi approvisionnée. Alexandre Galopin crée et met sur pied un procédé de fabrication de fusils en grande série. La méthode est une vraie réussite, les armes de qualité sortent à une cadence incroyable. En précurseur, il travaille sur base de plannings de production anticipant sur la quantité d’acier qui sera nécessaire, il est attentif au recrutement des ouvriers etc. Partout on reconnaît les mérites de sa manière de faire, elle est comme une marque de fabrique, c’est « la » Méthode Galopin. À la fin des hostilités, véritable ingénieur spécialisé dans la guerre, son autorité est mondiale et il préfigure les cerveaux qui, durant la Seconde Guerre, donneront la victoire aux Anglais et aux Américains.  Son aura lui vaudra aussi d’être consulté comme expert lors des négociations de paix et lors des conférences internationales de Gênes et de La Haye.

En mai 1940, alors que l’Allemagne attaque de nouveau la Belgique, Paul-Henri Spaak et Camille Gutt demandent à Alexandre Galopin de rester pour s’occuper de l’économie belge et la faire tourner pour ne pas assister au même pillage allemand qu’en 14. Galopin se doute, en plus, que les Alliés vont mettre sur pied un terrible blocus et que les pays occupés ne pourront compter que sur eux-mêmes pour s’en tirer. 

Galopin louvoiera toujours habilement entre la nécessité de garder du travail en Belgique et ainsi de pouvoir échanger aux Allemands des biens produits chez nous contre des denrées dont a besoin la Belgique pour ne pas trop appauvrir la population, tout en essayant d’aider le moins possible l’occupant. Après la Méthode Galopin en 1914, ce sera la «Doctrine Galopin» en 1940.

Il reste, de plus, en liaison directe avec les Belges de Londres qui lui envoient régulièrement des agents et des courriers. Il met sur pied un réseau de renseignements, crée un fonds afin de venir en aide aux victimes de la guerre, finance la Résistance, les organisations syndicales, chrétiennes ou socialistes, les fonc- tionnaires, les universités fermées. Il fait ralentir le travail, ou embaucher des ouvriers menacés de déportation, jusqu’à 1000 d’un coup à Anvers ! Petit à petit, cependant, les Allemands comprennent son double jeu, Himmler lui-même en arrive à vouloir éliminer Galopin.

Pourtant, les nazis n’auront pas à intervenir, ce sont des Belges eux-mêmes qui vont se charger de l’infâme travail d’élimination. De pâles collaborateurs flamands de De Vlag, sous la conduite de Robert Verbelen, un fanatique nazi.

Le 28 février 1944, il n’est pas encore 21h quand retentit la sonnette du 30, boulevard Saint-Michel, à Bruxelles, l’hôtel particulier où vit l’homme qui fait tourner la Belgique. On demande à lui parler et lorsqu’il apparaît, il est immédiatement abattu de plusieurs coups de feu. Il décédera dans la nuit au cours de l’opération qui est tentée pour le sauver.

L’action d’Alexandre Galopin ne s’est pourtant pas arrêtée en ce sombre jour de février 1944, car, par ses actes, il avait préparé la Belgique aux problèmes d’après-guerre.Après la guerre, Alexandre Galopin sera nommé, à titre posthume, Grand Officier de l’Ordre de la Couronne avec rubans à liserés d’or et la Croix Civique de première classe 1940-1945, pour services rendus au pays, lui sera décernée.