Le lâchage sordide des Fourons

Le lâchage sordide des Fourons

Le lâchage sordide des Fourons

Comme rien n’est jamais simple chez nous, pas même les divisions, très vite un problème apparaît dans le découpage du territoire. Il y a les Fourons, six petites communes qui se trouvent dans l’arrondissement de Liège et qui depuis toujours font partie de la Principauté.

La langue locale y est un dialecte limbourgeois qui porte le nom de « Platdütsch », alors que la langue administrative est le français depuis 1830.

Le tort des Fouronnais est de voter catholique depuis toujours dans une Province à majorité socialiste. Ce qui fait que, sans demander l’avis de la population, on va échanger ces Fourons contre Comines-Warneton.

Le calcul est le suivant, selon ces mêmes personnes : les socialistes auraient estimé que sans les Fourons, ils pouvaient espérer avoir la majorité absolue dans la province de Liège. De l’autre côté, en accueillant les gens de Comines-Warneton, ils gagnaient deux sièges dans le Hainaut.

Tout cela est fait bien entendu sans demander l’avis des gens et le mécontentement est tel qu’un journal publiera même la liste des traîtres qui vendirent les Fourons. Au final, les socialistes se seraient aperçus que des « apports » aussi minimes de population ne changeraient rien. Mais trop tard. Le dossier fouronnais va empoisonner notre vie politique pendant des années.

Drapeau de Fourons

On assistera régulièrement à des manifestations de protestation et à de fréquentes échauffourées entre francophones et Flamands. Le fait que les élections communales, pendant des années, seront à chaque fois remportées par des francophones crée des tensions entre la commune et les autorités flamandes. Parmi ces bourgmestres francophones, un nom va rester dans l’histoire politique de notre pays comme un empêcheur de tourner en rond : José Happart. Les élections communales de 1982 donnent la majorité à son parti « Retour à Liège », gratifiant José Happart de la majorité des voix de préférence. C’est donc lui qui est pressenti pour devenir bourgmestre mais, sa capacité à s’exprimer en néerlandais étant mise en doute, sa nomination pose problème. Au final, celui-ci sera nommé bourgmestre par le Roi le 4 février 1983, mais n’entrera en fonction que le 31 décembre, histoire de lui donner un peu de temps pour s’aguerrir un peu plus dans la langue de Vondel.

Certains Flamands des Fourons, estimant que la connaissance du néerlandais de « leur » bourgmestre n’est pas suffisante, font appel de cette décision auprès du Conseil d’État. Le 30 septembre 1986, celui-ci annule la nomination, considérant qu’un bourgmestre d’une commune flamande doit être capable d’utiliser le néerlandais dans le cadre de ses fonctions. En réaction à cette décision, on interjette appel devant la Cour de cassation.

Va alors apparaître un « truc » belge un peu fou, surréaliste même, mais les trucs fous et surréalistes valent mieux que des guerres civiles, qu’on appellera le « carrousel fouronnais » : à chaque fois que José Happart est démis de ses fonctions, il se fait aussitôt réélire par le conseil communal premier échevin et donc bourgmestre faisant fonction. Dès que le gouverneur du Limbourg annule sa nomination, hop, on recommence un tour de carrousel. Il en fait neuf en tout et finit par provoquer la chute du gouvernement. C’est avec les élections de décembre 1987 et le retour au pouvoir des socialistes que la crise trouve son épilogue. Les socialistes casent Happart à l’Europe au profit d’un compromis qui voit l’élection d’un bourgmestre bilingue. Entre-temps, nos querelles linguistiques sont devenues aussi célèbres, si pas plus, que notre chocolat ou nos bières. Aujourd’hui, depuis l’accession au vote lors des élections communales et l’arrivée sur le « marché électoral » des nombreux résidents hollandais, le problème s’est en partie résolu avec l’accession au mayorat d’un Flamand démocratiquement élu et qui satisfait, lui, à toutes les exigences linguistiques.

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