D’étranges dossiers qui nous font toucher les Tueurs du bout des doigts

D’étranges dossiers qui nous font toucher les Tueurs du bout des doigts

D’étranges dossiers qui nous font toucher les Tueurs du bout des doigts

Ceux-là, ces tireurs de ficelles, il y a eu des pistes qui conduisaient vers eux. Voici quelques-unes des plus importantes qui pourtant ne menèrent à aucune inculpation.

Le 21 janvier 1986, le patron de notre sûreté déjeune en compagnie d’un de nos hauts fonctionnaires lié au ministre de la Justice. Ils parlent surtout d’un sujet qui rend soucieux leur patron, le ministre Jean Gol. Le raid sur le Delhaize d’Alost et ses huit morts est quotidiennement dans les journaux, et à cela vient s’ajouter subitement le meurtre du marchand d’armes, Tony Mendez. Mais le sujet de leurs soucis communs était une personne qui donnait la chair de poule à leur ministre. Après le déjeuner, le haut fonctionnaire fait le résumé de leur discussion et envoie la note suivante au ministre.

1. J’ai déjeuné avec (…) à la Maison du Cygne et je lui ai communiqué oralement vos instructions.

2. Le dossier sur l’intéressé est très consistant. Le SDRA et la BSR se sont montrés fort coopérants, de même que les Français. Vénalité et amoralité en disputent à l’imprudence : la réalité dépasse la fiction. Plus que suffisant pour mener à la baguette tout individu raisonnable.

3. L’opération ne sera cependant pas une sinécure. L’intéressé est difficile à tenir. (…) affirme qu’il est dérangé, imprévisible, inconséquent, égocentrique, mégalo-mythomane et sans doute masochiste.

4. Le mieux est l’ennemi du bien. Le problème n’est pas qu’il ne fasse pas ce qu’il faut, mais au contraire qu’il en fasse spontanément trop. Le maintenir en place pourrait s’avérer périlleux : des interventions tous azimuts s’imposeront pour lui éviter de trop sérieux ennuis. Et il semble que cela soit déjà bien parti.

5. (…) reste néanmoins d’avis que tant que l’on pourra se servir de l’intéressé, on n’aura pas mieux pour neutraliser la nébuleuse qui vous préoccupe.

Signé (…)

(Confidentiel et copie pour (…), chef de cabinet et F.X. De Donnea, ministre de la Défense.)

Pas de nom ou d’initiale dans ce texte. Lorsqu’un journaliste confronte le rédacteur de la note à ce qu’il a écrit, celui-ci se met à souffrir subitement de pertes de mémoire. Comme le journaliste insiste, il s’irrite et, finalement, finit par relativiser l’importance de ce que l’on peut tirer de l’information, lâchant certainement à contrecœur le nom de celui que le journaliste a identifié et qui représente un lien avec cette « nébuleuse dangereuse »… Devinez laquelle, en pleine tuerie d’Alost, pour un ministre de la Justice ?

Le personnage « angoissant » dont il est question dans cette note a en outre déjà été cité dans certains dossiers et est un officier bien connu de notre armée. Officier qui bien entendu ne sera jamais inquiété…

Un autre dossier étonnant.

Dans le bois de la Houssière, on fait une découverte troublante : des restes calcinés de chèques du Delhaize d’Overijse du jour de l’attaque, un morceau de discours d’un suspect noté par sa secrétaire et cinq télécommandes pour lecteurs vidéo brûlées. Le suspect qui avait fait ce discours avait en plus vendu, quelques mois plus tôt, cinq lecteurs vidéo avec télécommandes à un ami pour équiper les appartements que celui-ci possédait en Espagne.

Comme le dit lui-même ce suspect, il est grande gueule, mais pas assez bête pour aller se trahir en laissant de pareils indices.

Il est donc visible qu’on veut le « mettre dedans », l’accuser, créer un lien vers lui. Mais pour faire cette manipulation, il faut des objets qui proviennent de trois horizons différents. Le premier, les notes du discours qu’il a donné à des passionnés d’armes. Ce jour-là, sa mallette fut volée et un autre suspect important des Tueries était présent ! Il faut des chèques du Delhaize d’Overijse du jour de l’attaque et seuls des membres de la Bande peuvent les fournir. Dernier élément, les lecteurs vidéo avec télécommandes vendus par le suspect à son ami propriétaire en Espagne, ou si ce n’étaient pas ceux-là, quelqu’un qui savait que des appareils pouvaient mener au rédacteur du discours pour passionnés d’armes.

Il faut donc une personne au centre du dispositif qui soit capable de collecter le tout, de le rassembler et d’aller le déposer au bon endroit pour créer la piste.

Il y a donc soit un des deux suspects, soit les deux, soit la personne qui a acheté les lecteurs et les télécommandes et qui, soit dit en passant, est un IRC, c’est-à-dire un indicateur payé par la Sûreté, qui se consacre à l’extrême droite alors que sa femme est, elle, infiltrée dans les CCC (comme le monde est petit), soit les trois, qui ont un ou les trois éléments ou qui connaissent une ou des personnes les ayant ; et dans ces éléments, il y a les chèques du Delhaize d’Overijse donc un lien matériel avec les tueurs.

À travers des personnes comme ces deux indicateurs, le mari mêlé à l’extrême droite et sa femme à l’extrême gauche, n’eston pas proche du centre de l’affaire, proche de la manipulation et de la déstabilisation alternant des actions à l’extrême gauche avec les CCC, et à l’extrême droite avec les Tueurs du Brabant ? Toutes les deux agissant au sein de la Sûreté. Si cela a eu lieu de cette manière, pour qui agissaient-ils ? La Sûreté directement, une faction dissidente et pro-américaine, un autre service ?

De plus, au niveau de nos services secrets et des hommes qui connaissaient les possibles acteurs de l’ombre susceptibles d’avoir agi ou contrôlé ceux qui agissaient, tous ceux qui furent interrogés même par la commission d’enquêtes refusèrent, nous l’avons vu, de donner ne serait-ce qu’un nom ou de confirmer s’il y avait chez nous un réseau militaire parallèle et secret comme le SDRA 11 qui avait, via l’Allied Coordination Committee, des liens spéciaux avec l’OTAN.

Cet article fait partie du

Comments are closed, but trackbacks and pingbacks are open.