Un roi ou rien, et un bon, s’ils vous plait !

Un roi ou rien, et un bon, s'ils vous plait !

Un roi ou rien, et le bon, s'il vous plaît !

On continue à chercher. Et là, on ne va pas se faire passer pour des idiots, non ! On va, après avoir passé en revue toutes sortes de candidats y compris le pape, proposer le trône à qui ? Eh bien, au duc de Nemours, second fils de Louis-Philippe. Peu au fait de la politique internationale ? Ayant du temps à perdre ? L’assemblée de nos représentants va même l’élire roi des Belges, par nonante-sept voix contre septante-quatre, sans vraiment s’informer et en se faisant manipuler. Nous, on est contents, le boulot est fini, on met de beaux costumes, on se présente en France chez le père Louis avec le papier officiel, etc., et là, patatras !, le bon Louis explique à nos braves représentants qu’en Europe, il y a parfois des guerres, qu’il y a des équilibres entre les États, que la France s’est souvent battue avec ses voisins, que ceux-ci se méfient et que son fils, sur le trône de Belgique, ce serait un peu comme une annexion, et que les Anglais (vous savez, ceux qui sont de l’autre côté du Channel) ne voudraient pas et qu’ils risqueraient de se fâcher tellement fort qu’ils pourraient même faire la guerre. 

Retour donc à la case départ pour nos « habiles politiciens », qui, déjà à l’époque, ne devaient pas payer leurs déplacements inutiles. Et qui va-t-on sortir de notre chapeau (enfin, qui va-t-on nous faire sortir de notre chapeau) ? Eh bien, un Allemand, mais qui a tout d’un Anglais ! Celui qui aurait dû assister la future reine d’Angleterre si elle n’avait pas eu la mauvaise idée de mourir en couche. Et là, c’est bien, ils ont bien choisi… ce qu’on leur a dit de choisir, nos représentants. Ils ont pris le roi choisi par les Anglais et accessoirement par un grand banquier qu’on appelle Rothschild. C’est beau la liberté, quand en plus ça peut donner du travail à un cadet de la famille en mal de situation ! Un vrai patriote, notre nouveau roi, qui finira juste par regretter sans arrêt de ne pas avoir choisi le trône de Grèce qu’on lui avait proposé un peu avant, mais qu’il avait jugé moins sûr, moins bien payé aussi par rapport à la pension que lui versait l’Angleterre et qui, à la fin de sa vie, sera tellement attaché à sa patrie d’adoption qu’il demandera à reposer pour l’éternité à… Londres ! 

Le voyage chez nos voisins d’outre-Manche ne sera pas fait pour rien, car il accepte Léopold. Il faut dire que lui aussi il y a été un peu poussé, car il commençait à coûter en pension d’État ; et veuf, il ne leur servait plus à rien, à nos amis anglais. À cette époque, les monarchies, c’était un peu comme des clubs de football aujourd’hui. Léopold était sur le banc, coûtait cher, n’avait plus sa place dans l’équipe ; donc, autant essayer de le vendre à la première occasion. Ce qui fut fait et ce qui fit de nous un vrai royaume et donc un vrai État, surtout pour nos voisins. Je n’étais pas là, mais j’imagine que déjà ça a dû mécontenter ceux qui étaient pour un roi mais pour un autre (retirez quelques pour cent), puis ceux qui étaient pour la république (retirez encore des pour cent), puis ceux qui étaient pour une séparation de la Hollande, mais avec sur le trône un membre de la famille hollandaise (retirez encore quelques pour cent), ceux qui étaient pour le rattachement à la France et ceux qui s’en fichaient, et encore une fois ceux qui n’ont pas compris… Eh bien, je me demande, en voyant les tableaux de la prestation de serment, si le peintre n’a pas dû ajouter des personnes pour emplir une place à moitié vide… Je plaisante… Les chroniques du temps font état de cortège et de liesse populaire, populaire oui, mais jusqu’à quel point… N’y aurait-il pas eu tout autant de monde pour une belle décapitation suivie d’un bon banquet ?