Révolution sanitaire

Révolution sanitaire

Le grand miroir resta rare, jusqu’à l’apparition de la salle de bains dans les demeures bourgeoises, vers 1880. Après la Grande Guerre, on trouvait un petit miroir dans les maisons du commun, fixé au-dessus de la cuvette, pour la barbe.

Durant l’Entre-deux-guerres, un cours d’hygiène était inscrit dans le programme scolaire des filles du 4e degré et les sections locales ou scolaires de la Croix-Rouge faisaient campagne dans le même but. À l’armée, les recrues devaient, sous la surveillance des sous-officiers, se laver avec soin. La publicité de grandes marques, Sunlight, Cadum, Palmolive…, via la presse, les affiches, la radio ou des images destinées aux enfants, incitait le public à utiliser davantage leurs savons.

Vers les années 1930, le linge de corps n’était pas changé plus d’une fois par semaine. Si le bain hebdomadaire devint alors la règle, il ne concernait qu’une minorité : en 1947, moins d’une famille sur dix possédait une salle de bains, local par ailleurs humide et fort peu plaisant, sans chauffe-bain, bien sûr. Le bain était un luxe où se trempaient, généralement le samedi, tous les membres de la famille, les uns après les autres. La baignoire pouvait aussi faire office de lessiveuse. Le bidet servait à l’hygiène intime des femmes. Les toilettes n’étaient pas encore intégrées dans les salles de bains et on allait encore bien souvent faire ses besoins littéralement à la cour.

Il fallut attendre l’Entre-deux-guerres pour que les cabinets commencent à être équipés d’une chasse d’eau, qui réglait enfin le problème des pestilences. Le papier doux fut introduit chez nous par les soldats américains pendant la Deuxième Guerre. Vu sa préciosité, l’usage en était parcimonieux. Jusque-là, il avait fallu se satisfaire de l’incommode papier journal.

Au lendemain du conflit, Radio Luxembourg reprit ses émissions quotidiennes, financées par les marques de savon et shampooing, concourant ainsi à l’utilisation fréquente d’une gamme de produits de toilette de plus en plus étendue.

Quant à l’hygiène bucco-dentaire, elle commença à se démocratiser grâce à l’apparition de la brosse à dents en poils de nylon – matériau créé aux États-Unis en 1937 –, qui supplanta celle en poils de sanglier ou de cheval après 1945. Mais le dentifrice en tube existait depuis 1841. Le contenant était alors en étain ou en plomb, souple ; la pâte consistait en un mélange de craie et de savon à l’arôme mentholé.

Au début des années 1970, la prise de conscience du corps – peut-être favorisée par la libération sexuelle –, et par conséquent le souci de sa propreté physique, s’affirmèrent bien davantage. En clair, plus grand monde ne souhaitait encore flairer le bouc !

En 1980, 80 % des logements disposaient d’une salle de bains, mieux équipée et plus esthétique, ou d’une douche, qui a présidé au déclin de la toilette au lavabo. Aujourd’hui, la plupart des gens se lavent en entier quotidiennement, sous la douche.

On prévoit que la salle de bains deviendra de plus en plus un centre total de relaxation avec écran de télévision et matériel informatique, Internet étant affichable via le miroir. L’urinoir est appelé à se généraliser au domicile, y compris dans une version pour femmes. Le W-C entièrement automatisé, agrémenté d’un rafraîchissant rince-fesses et d’un absorbeur d’odeurs devrait connaître une belle carrière. Bref, de chouettes moments en perspective !