Retour sur l’expo de 58 : Belgique Joyeuse, symbole du sens de la fête

Retour sur l'expo de 58 : Belgique Joyeuse, symbole du sens de la fête

Retour sur l'expo de 58 : Belgique Joyeuse, symbole du sens de la fête

En 2008, on a commémoré le 50 e anniversaire de l’Expo universelle de Bruxelles 1958, événement qui avait attiré 42 millions de visiteurs. À l’occasion de cet anniversaire, on a édifié un Palais du Bonheur, constitué de milliers de casiers de bière, au pied de l’Atomium, le monument phare de la Belgique. Celui-ci représente une molécule de fer agrandie 165 milliards de fois. Il est le symbole de la grandeur de la métallurgie en Belgique, et au-delà, de la foi dans les sciences et le progrès. Ci-après, quelques chroniques du journal « La Meuse-La Lanterne » de l’époque.

Inauguration de Belgique Joyeuse, le 15 avril

25 000 visiteurs en délire pour étrenner les pompes à bière électriques (100 hectolitres consommés). – Le premier noctambule a été chassé à 4 heures 25 du matin. – Un faux contrôleur confisquait dans le village les cartes d’invitation que son complice vendait 20 francs à l’extérieur de l’enceinte. 

Le vernissage de Belgique Joyeuse a été plus qu’une réussite. Ce fut du délire. Les brasseurs et les organisateurs avaient lancé 17 000 invitations. Elles ont toutes été honorées, plutôt deux fois qu’une. 

À 19 h, mardi, il y avait tant de monde qu’on a cru, un instant, que le cortège officiel ne pourrait se frayer un passage. Il a suffi de quelques flonflons pour faire se déchaîner les foules. Imaginez près de vingt mille personnes marchant les unes derrière les autres dans un village et vous aurez une idée de ce qu’était, mardi soir, Belgique Joyeuse. Vingt-cinq mille personnes et autant de mains tenant un verre de bière. Vingt-cinq mille personnes, toutes prêtes à chanter, à danser dans les ruelles. Vingt-cinq mille personnes invitées à 19 h et qui, à minuit, ne se décidaient pas à rentrer chez elles. Le vernissage de Belgique Joyeuse a donné tout de suite le ton. Pendant six mois, au village, on respirera la bonne odeur du boudin chaud, le poivre du bouillon d’escargots et on aura les mains poisseuses de bière. L’oreille aura son compte, elle aussi. Tiraillée entre les flonflons de l’accordéon, le pincement du banjo, les mitraillades des juke-boxes, les vociférations des bonimenteurs, elle demandera grâce. 

Deux jours avant l’Expo, Belgique Joyeuse a prouvé que la manifestation du Heysel sera un succès colossal. À la vérité, les dirigeants du village ont damé le pion aux participants officiels. En invitant le tout-Bruxelles, ils ont démontré que la capitale est toute disposée à replonger dans les plaisirs simples, presque enfantins. Somme toute, c’est assez réconfortant. Un verre de bière, une marche militaire et les héritiers de Breughel se sont déchaînés. Cette bière est décidément de la bonne graine… 

Le théâtre de « Belgique 1900 » était archicomble. Les bistros, qui étrennaient leurs pompes électriques, n’arrivaient plus à suivre le mouvement. Tout le monde était souriant. Belgique Joyeuse, qui a eu son premier grand soir et ses premiers buveurs joyeux, a eu aussi ses premiers filous. Vers 23 h, un des contrôleurs, ne comprenant pas que des carnets d’invitation étaient toujours vendus à l’entrée, décida de se livrer à une petite enquête. Il découvrit ceci : un faux contrôleur, à l’intérieur de Belgique Joyeuse, réclamait les cartes et les confisquait. Il les refilait à un complice qui les proposait aux curieux massés devant la grande porte : « Demandez des gaufres. Demandez mes bonnes gaufres et une carte d’invitation pour 20 francs… » 

(D’après La Meuse-La Lanterne. Édition du 17 avril)

Les vrais et les faux de Belgique Joyeuse

VRAI : Dans la nuit de vendredi à samedi, des policiers ont dû y venir chercher un de leurs collègues qui s’était effondré, victime de l’après-soif.
VRAI : Des policiers en service commandé ont dû payer leur entrée.
FAUX : Jean-Marie (le bourgmestre) a commencé à écrire un roman 205 intitulé « D’une bière deux coups ».
FAUX : Le Collège échevinal a décidé de ne plus siéger que la nuit « parce que la nuit porte conseil ». 

(D’après La Meuse-La Lanterne. Édition du 5 mai)