L’opération bleue. Les fachos n’osent pas encore

L'opération bleue. Les fachos n'osent pas encore

L'opération bleue. Les fachos n'osent pas encore

Si dans l’inconscient collectif belge, sans doute par la lecture des Tintin, l’idée de putsch militaire est pour nous une spécialité de pays exotiques ou d’Amérique du Sud, l’Histoire d’Espagne, de Grèce et du Portugal devrait nous rappeler que l’Europe ne fut pas épargnée. Et la Belgique faillit bien vivre elle aussi une telle situation en 1973. C’est en tout cas ce qu’affirma Christian Amory, un ancien gendarme, en mai 1988 au juge d’instruction Hennart : « J’ai toujours suspecté l’état-major de faire des choses curieuses. C’est ainsi qu’en 1973-1974, alors que je faisais partie du groupe Diane (une unité d’élite d’intervention de la gendarmerie) un peloton complet d’intervention a été mis en état de pré-alerte. Une trentaine de personnes ont été placées en stand-by préavis 0 dans les locaux de la légion mobile. Nous étions en tenue de combat avec armes et munitions. Toute communication avec l’extérieur était interdite. Nous sommes restés dans cette situation pendant plusieurs heures. Ce qui était curieux, c’est que c’était la 1re fois qu’on nous interdisait tout contact avec l’extérieur et que, à la fin de l’état d’alerte, on ne nous donne pas la moindre explication comme cela se faisait habituellement. Il faut savoir que le groupe Diane était composé d’un peloton intervention (les combattants) et d’un peloton logistique (ceux qui s’occupent de la technique). J’ai eu des discussions avec des collègues du peloton logistique afin d’essayer de comprendre ce qui s’était passé. Plusieurs d’entre eux m’ont dit qu’ils recevaient des missions d’écoutes notamment téléphoniques, je me souviens notamment de (…), (…), (…), (…), qui m’ont dit que des écoutes étaient faites. Ceci étant, tous les membres du service technique de l’époque vous confirmeront la réalité de ces écoutes.

Le bruit a couru parmi les collègues que la mise en alerte que nous avions vécue se plaçait dans le cadre d’un coup d’État que l’on préparait en Belgique. C’est par recoupement que j’ai appris que certaines unités des forces belges en Allemagne avaient fait mouvement mais comme les Chasseurs ardennais n’avaient pas, contrairement à ce qui avait été prévu, fait eux aussi mouvement (…)les unités d’Allemagne n’ont finalement jamais franchi la frontière et sont retournées dans leurs cantonnements.

Cette opération portait le nom code de « opération bleue ». Je n’ai jamais su déterminer quel avait été le rôle exact de chacun dans cette affaire, mais ce qui est certain, c’est qu’il y a eu des suites administratives : je sais que la Sûreté de l’État est allée saisir notamment un émetteur-récepteur dans les locaux de la légion mobile. Ce que je sais aussi, c’est que le major (…), commandant du groupe Diane a été muté dans le Limbourg. Quant à (…) il a été muté dans un autre service. Je précise toutefois que cela ne s’est pas fait immédiatement après les événements que je viens de vous décrire mais quelque temps plus tard, je suppose après une enquête. Si j’ai constaté qu’il y avait eu mutations, je ne puis affirmer qu’il y a rapport de cause à effet entre la mise en alerte et lesdites mutations. Mon sentiment est qu’il y a eu quelque chose et que tout a été fait pour étouffer l’affaire. »

Portraits robot des tueurs du Brabant

Plus tard, le même Amory donne d’autres détails du coup d’État avorté qu’il situe maintenant en 1978.

« J’ai simplement dit que les tueries (du Brabant) avaient été organisées par des mouvements d’extrême droite qui voulaient déstabiliser l’État belge. Ces tueries n’étaient qu’un aboutissement logique d’une tentative de coup d’État qui avait eu lieu en 1978.

Participaient à cette tentative de coup d’État la gendarmerie, dont l’ESI (Escadron Spécial d’Intervention, le descendant du Groupe Diane) devait investir le Parlement, et des troupes belges venant d’Allemagne et qui devaient se rendre maîtres des points stratégiques.

En 1988, mes dires ont été confirmés par l’adjudant-chef Goffinon qui m’a déclaré que des radios avaient été saisies à la légion mobile à Etterbeek, que des procès-verbaux avaient été rédigés par lui mais que tout avait été transmis à la Sûreté de l’État, laquelle avait tout perdu. Lors de cette conversation, son collaborateur était présent dans le bureau. Je me rappelle encore que l’adjudant Goffinon m’a précisé que l’on avait pressenti monsieur Paul Vanden Boeynants comme président du gouvernement provisoire, qu’il avait été approché mais qu’il avait carrément refusé.

C’est en 1988, suite à cette conversation, que j’ai eu confirmation absolue de ce que je supposais en 1978 lorsque nous avons été placés en alerte rouge à l’ESI. Il y avait au maximum deux sections, soit 18 hommes, des anciens, ceux de la première incorporation. »

Les diverses commissions d’enquête autour des Tueries du Brabant se pencheront sur le sujet, mais ne trouveront personne pour confirmer les propos d’Amory. Si un colonel se souvient qu’en effet l’ESI fut à plusieurs reprises mise en stand-by, ce n’était selon lui que dans le cadre de missions de police. Le journal des activités de cette unité aurait sans doute été très éclairant sur les évènements que dénonce Amory, mais voilà, il a disparu…

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