Le système décimal de Simon Stevin

Le système décimal de Simon Stevin

Le système décimal de Simon Stevin

Simon Stévin est, sans nul doute, l’un des plus grands savants qu’ait donné la Belgique. Il a marqué, entre autres, l’histoire des mathématiques, en généralisant par exemple le système décimal. Pour bon nombre d’historiens, il est à l’égal de Galilée ou de Kepler, ses contemporains qui se seraient inspirés de quelques- unes de ses théories. Et s’il est moins connu qu’eux, c’est tout simplement parce qu’il écrivait exclusivement et volontairement en langue néerlandaise, ce qui retarda la propagation de ses travaux à travers toute l’Europe.

On connaît peu de choses sur la vie de Simon Stévin. On sait qu’il est né à Bruges en 1548 ; qu’il exerça le métier de caissier à Anvers vers 1565 et qu’il revint dans sa cité natale en 1570 pour y travailler au service des finances du port de Bruges. Mais, n’ayant pu y obtenir la franchise de la bière qu’il convoitait, il quittera définitivement la Venise du Nord un an plus tard. On retrouve alors sa trace, entre 1577 et 1581, en Prusse, en Pologne et dans les pays scandinaves. En 1583, il est inscrit dans la faculté des lettres à l’Université de Leyde. C’est là qu’il fait imprimer son premier ouvrage, un livre consacré au calcul des intérêts. C’est un succès. À l’époque, en effet, les marchands ont toutes les peines du monde à calculer les taux. Stévin va mettre à leur disposition une méthode sans égale, leur permettant de calculer, rapidement et facilement, les bénéfices et les pertes de leurs opérations commerciales. Il suffisait d’y penser.

Trois ans plus tard, il publie un autre petit traité qui va, à nouveau, faire sensation. Dans « De Thiende » (La dîme, dans sa traduction française), Stévin introduit la pratique du système décimal dans la comptabilité. Un système, certes amélioré dans sa forme mais toujours d’application cinq siècles après.

À l’université, Simon Stévin va encore découvrir l’œuvre d’Archimède. L’analysant, il va faire part de ses conclusions dans deux nouveaux volumes, « La statique ou l’art de peser » et « L’hydrostatique ». Il y démontre, notamment, la méthode du parallélogramme des forces et y énonce le paradoxe de l’hydrostatique : la pression d’un liquide sur le fond d’un récipient est indépendante de sa forme, et aussi de la surface du fond ; elle dépend seulement de la hauteur du liquide dans le récipient. Six ans avant Galilée, il va aussi découvrir que deux corps de poids différents tombent à la même vitesse.

Une telle intelligence est bien sûr remarquée par Maurice de Nassau, le Prince d’Orange qui, dès 1590, en fait son précepteur, puis son conseiller. 

"De Thiende" - Simon Stévin

À la Cour des Provinces-Unies, il va successivement exercer les fonctions de superintendant des finances, castramétateur des armées, inspecteur des digues et des travaux hydrauliques. Dans chacune de celles-ci, il excelle et innove. Il va ainsi dresser des plans de fortification et inventer une technique pour retenir une armée d’envahisseurs en inondant terres et chemins par l’ouverture de digues et d’écluses. Il va aussi fonder une école d’ingénieurs militaires ; se lancer dans un traité de musique où il expose sa conception de la gamme tempérée. Il va encore se pencher sur le repérage en mer, la production des moulins à vent… Et pour accélérer le transport des troupes, il va imaginer un char ayant seulement recours à la force du vent pour se mouvoir. Nous y reviendrons.

Simon Stévin meurt en 1620 dans la discrétion qui aura caractérisé toute sa vie. C’est un grand oublié de l’histoire de Belgique. Tout au plus lui a-t-on, tardivement, consacré une rue à Bruxelles et une place à Bruges où, à l’occasion du tricentenaire de sa naissance, on a même dressé une statue, œuvre du sculpteur Louis-Eugène Simonis. Le personnage est, depuis peu, réapparu dans la mémoire collective d’une Flandre à la recherche d’identité. Toute sa vie durant, il est vrai, il se sera battu pour faire du dialecte parlé dans les Pays-Bas une langue à part entière et qui soit respectée. Jusqu’à créer des termes scientifiques et techniques se basant sur des racines germaniques et non grecques. Simon Stévin voyait l’avantage de la langue néerlandaise dans le nombre de mots monosyllabiques et la faculté de composer des radicaux. C’est pour cela que ses travaux sont, quasi exclusivement, écrits en néerlandais et… qu’ils mirent tant de temps à être traduits et diffusés.