Le Bois du Cazier, tutti cadaveri

Le Bois du Cazier, tutti cadaveri

Le Bois du Cazier, tutti cadaveri

Le 8 août 1956, la Belgique connaît la plus importante catastrophe minière de son histoire, celle dite du Bois du Cazier. À 8 h 11, alors qu’il s’occupe, avec son collègue, de la sortie et du départ des chariots par le biais d’un système de cages entre la surface et le cœur de la mine, le préposé à la remontée des cages sonne l’activation du système, mais celui-ci dysfonctionne. Résultat : deux chariots dépassent de chaque côté et, en remontant, arrachent une poutre métallique qui fait éclater une conduite d’huile et sectionne des câbles électriques à haute tension. Le résultat ne se fait pas attendre, un incendie se déclare et les fumées toxiques qu’il produit se propagent rapidement vers les galeries via le système d’aération.

Les mineurs sont pris au piège et 262 d’entre eux perdent la vie par asphyxie. L’accident secoue la population belge qui découvre les conditions de vie de ses immigrés, principalement italiens, qui travaillent au fond de nos mines. Vu l’importance de la catastrophe, les réactions ne se font pas attendre pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé et qui est responsable de la mort de tous ces ouvriers.

On nomme différentes commissions d’enquête, dont une judiciaire. Le tout aboutira en juin 1957 à un rapport qui, après « un hommage ému aux 262 mineurs qui trouvèrent la mort dans la terrible catastrophe du Bois du Cazier », se limite à identifier les causes techniques de l’accident.

Un procès a quand même lieu, celui-ci débute le 6 mai 1959 et se termine en février 1962. Face aux juges, cinq personnes occupent le banc des accusés : le directeur des Travaux, l’ingénieur en chef du charbonnage du Bois du Cazier, le directeur divisionnaire du bassin, l’ingénieur des mines qui avait dans ses attributions la surveillance du Bois du Cazier et un électricien chargé de la vérification des installations électriques du charbonnage. Surprise ! Le verdict du tribunal de première instance acquitte tout le monde. Il faudra attendre le procès en appel pour assister à une condamnation pour… défaut de prévoyance, celle du directeur des travaux. Il prend six mois de prison avec cinq ans de sursis et 2 000 francs d’amende.

Il faut un coupable, alors ce sera cet ingénieur ! Il permet à la Justice à la fois de ne pas frapper trop haut en s’attaquant à l’Administration des mines, ce qui serait revenu à dénoncer la politique énergétique du gouvernement, mais de ne pas frapper trop bas non plus afin d’éviter une révolte sociale.

Dans leur jugement, les juges se sentent tout de même obligés de rappeler que « l’économie, quelle que soit son importance pour le bien général, ne peut prétendre étouffer les autres valeurs, la vie étant le plus grand bien de tous les biens et devant être protégée jusqu’aux limites les plus extrêmes. » Cela a-t-il consolé les familles des victimes ? Elles devront tout de même se pourvoir en cassation pour parvenir à obtenir en compensation de la perte qui d’un père, d’un frère ou d’un mari, la somme de 5 000 francs belges. Voilà donc quelle était la valeur de la vie d’un ouvrier mineur, cette vie qui pourtant selon le tribunal est « le plus grand bien de tous les biens »…

Mineur chargeant un chariot avec du charbon

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