Antoine-Adolphe Fonck : « meurs premier comme devant »

Antoine-Adolphe Fonck : "meurs premier comme devant"

Antoine-Adolphe Fonck : "Meurs premier comme devant"

Antoine-Adolphe Fonck est né, en 1893, à quelques kilomètres du village de Battice, vers la frontière, dans une modeste famille verviétoise. Jeune enfant, il perd ses parents et c’est sa grand-mère, Liégeoise, qui se charge de l’élever. Il travaille d’abord comme magasinier au Grand Bazar de Liège, mais attiré par les chevaux, il s’enrôle en 1911 comme volontaire pour 3 ans. Il est versé dans la cavalerie au 2eRégiment de Lanciers.

En mai 1914, ayant fini son temps, Antoine recouvre la vie civile et revient auprès de sa fiancée. Pas pour très longtemps, car deux mois plus tard, le 28 juillet, il est rappelé sous les drapeaux. Sa réputation lui vaut d’être considéré comme ayant l’esprit aventureux, d’être dévoué et pas effrayé par le risque, les matériaux dont on fait un bon soldat, même si la vie de caserne avec ses stricts règlements n’est pas ce qu’il préfère.

La patrouille dont Fonck fait partie avance donc. La route est barrée par tout ce que les gens du coin ont pu trouver pour ralentir l’avance ennemie. En effet, quelques heures auparavant, le général Leman a donné l’ordre au bourgmestre de dresser des barricades sur les voies qui entrent dans la commune. Les Belges s’arrêtent. Ils apprennent des habitants que des soldats allemands, peut-être des hussards auraient été aperçus dans les environs, au village de Thimister.

Il faut donc vérifier et aller plus avant. Le brigadier Frère, qui commande la patrouille, fait avancer ses trois cavaliers avec, entre eux, une centaine de mètres. Fonk est tout devant en éclaireur. Après quelques minutes, on ne le voit plus. Grâce à d’autres, dont un fermier qui sera le dernier à lui parler et qui, d’une lucarne, observera tout le drame, nous pouvons reconstituer ce qui lui est arrivé.

À la hauteur du pont du chemin de fer, Fonck rencontre le directeur du charbonnage de Battice, un mineur qui l’accompagne et un pionnier qui prépare la destruction de l’ouvrage. Il doit insister pour traverser et pouvoir continuer sa mission de reconnaissance dans la direction du village d’Henri- Chapelle.

Un peu plus loin, arrivé à la ferme Bolsée, le fermier lui signale un groupe «grisâtre». Fonck avance pour se rendre compte. Dressé sur ses étriers, la main en visière à la hauteur du casque, il scrute attentivement les prairies qui s’étalent à perte de vue devant lui. À ce moment, il voit des Prussiens. Sans hésiter, il met pied à terre, attache son cheval à une clôture, fait glisser le fusil qu’il porte sur le dos, se met en position, un genou en terre et fait feu. Un soldat tombe, foudroyé, et l’ennemi se disperse. La scène a duré tout au plus une ou deux minutes. Fonck se relève, bondit sur son cheval et se rue vers les fuyards. Mais à peine a-t-il fait quelques dizaines de mètres qu’il est à son tour pris pour cible. Son cheval est tué et il ne se dégage qu’avec difficulté de dessous sa carcasse. Il vient tout juste de se libérer qu’il voit les Allemands, qui se sont ressaisis, fondre sur lui. Fonck, qui ne veut pas être fait prisonnier, tente d’aller pré- venir les siens en se repliant. Il court en s’abritant dans le fossé qui borde la route puis escalade l’accotement pour franchir une haie. C’est à ce moment, à 10 h du matin, au lieu-dit La Croix Polinard qu’une balle le touche à la nuque. Il s’écroule, mortel- lement touché.

Le premier soldat belge est tombé, face à l’ennemi.

Il avait 21 ans…

À coups de crosse, les Allemands, furieux, obligent, les habitants à dégager la route de ses obstacles puis ils les placent devant eux pour qu’ils leur servent de bouclier humain. En avançant, l’un d’eux tombe sur le cadavre du jeune cavalier. Il n’hésite pas une seconde à percer le corps du soldat déjà mort d’un coup de baïonnette vengeur. Une fois l’après-midi venu et les

soldats partis, les habitants de Thimister vont s’occuper de la dépouille du jeune Fonck. Ils la ramènent au village sur une civière et croisent d’autres soldats allemands dont l’officier, lui, par contre, salue le corps du soldat belge.

Le 6 août au matin, alors que la région grouille d’Allemands, Thimister fait à Fonck d’imposantes funérailles officielles et enterre son corps, qui reposait à la maison communale, dans le cimetière de la commune. Sur une couronne, on peut lire : « À mon fiancé. »

Depuis ce 4 août, la commune de Thimister-Clermont considère Antoine Fonck comme un des siens. Le 23 août 1923, elle a fait élever un monument à l’endroit où est tombé le cavalier et tous les ans, elle lui rend hommage.

Pendant qu’au cimetière, on rendait les honneurs au jeune Lan- cier, le baron de Menten de Horne, qui commande le 4e esca- dron du même 2e Régiment de Lanciers, tombe au combat de Plainevaux. Il est, lui, le premier officier belge qui meurt pen- dant la Grande Guerre. Le 2e Lanciers, première unité de notre armée qui fut engagée contre l’envahisseur allemand, a gagné ainsi le terrible honneur de compter dans ses rangs les premiers morts belges de la Grande Guerre. Ils furent les premiers des quarante mille autres qui allaient donner leur vie pour leur pays.

Depuis lors, en souvenir des évènements de ces premiers jours de guerre, la devise du 2e Régiment de Lanciers fut: «Meurs premier comme devant ». Après la bataille de Liège, le régiment participe à la défense d’Anvers puis se retranchera avec le reste de l’armée, pendant quatre ans derrière l’Yser. Il se distinguera notamment à Ardooie, Ruislede, Tielt et Roulers. Le 2e Lan- ciers sera la seule unité de combat belge à recevoir la Croix de Guerre française 1914 – 1918.

En 1938, le régiment sera complètement motorisé: side-cars,

canons antichars et véhicules blindés légers.

Il participera à la Campagne des dix-huit jours de 1940 et se distinguera à nouveau jusqu’à mériter la mention «Lys 1940» sur son drapeau. Après la Seconde Guerre, un nouveau batail- lon de chars Sherman est constitué et reprend le nom et les tra- ditions du 2e Régiment de Lanciers. Le régiment sera cantonné pendant des années en Allemagne, à Euskirchen puis à Kassel. En juin 1976, le 2e Lanciers revient en Belgique et s’installe à Bourg-Léopold. En 1994, il fusionne avec le 4e Régiment de Lanciers pour former le 2/4 Régiment de Lanciers, cela jusqu’en 2010, année ou le régiment est dissous.